Astrologue hollandaise vivant en Angleterre. Son mari, Willem Koppejan, était lui aussi astrologue et chercheur, spécialisé dans la symbolique des degrés du Zodiaque combinant les symboles Sabian de Marc Edmund Jones et Dane Rudhyar avec d’autres approches surtout ésotériques du même domaine, comme par exemple celle du français Janduz. Ils ont écrit ensemble et séparément. Leurs œuvres sont écrites et traduites surtout dans ces deux langues, le hollandais et l'anglais et à ma connaissance pas en français. Ils ont monté ensemble la « Library of Avalon » à Glastonbury, en 1977, pendant les deux dernières années de la vie de Willem Koppejan. Helene Koppejan-van Woelderen propose maintenant un certain nombre d’activités autour de l’idée de ce qui s’appelle la « Glastonbury Experience », manifestation annuelle qui tourne et s'élargit autour de la mythique Avalon et de ses fées bien connues des spécialistes du Roi Arthur et de la quête du Graal. C'est souvent un hommage à la Déesse Mère.
DANE RUDHYAR ET SON CONTACT AVEC LES PAYS BAS
On peut décrire le très doué Dane Rudhyar de bien des façons. Personnellement, pour ce faire, j’ai déjà utilisé une des lectures qu’il a faites le 29 août 1962 pour le « Het Open Veld » à Zeist, en Hollande, où il était passé pour un « phénomène ». Il disait dans une des 50 lettres qu’il m’a adressées : « ça m’a beaucoup amusé qu’on utilise ce terme - phénomène - pour parler de moi, parce que quand j’avais 18 ans, un homme en France, au bord de la mer, dans l’hôtel où nous séjournions, m’appelait le phénomène, au lieu d’utiliser mon vrai nom. En français, la signification de « phénomène » est très différente de celle de l’anglais, elle se rapproche plutôt de l’américain « wonder boy » (ndlt : connotation un peu magique). (lettre du 6 novembre 1962).
J’aimerais mettre en lumière une petite période de la vie phénoménale de Rudhyar, son contact avec les Pays Bas, dont je fus moi-même l’instrument, en lui permettant de nouer des liens avec Carolus Verhulst qui l’avait rencontré en 1962, et qui était à l’époque l’éditeur de Servire, où furent publiés 9 des livres de Rudhyar en Anglais. A l’époque, j’étais une astro-psychologue débutante d’à peine 30 ans. Comme nous nous étions rencontrés en 1958 à Los Angeles, Rudhyar avait décidé de venir me voir en Hollande pendant son voyage en Europe en 1960.
En reparcourant mes notes sur Rudhyar, je me souviens d’une après-midi très chaude de 1958 à Hollywood. Je marche le long d’une allée de palmiers, et puis j’entre dans l’immeuble où je dois rencontrer l’homme connu pour être le plus important « astrosophe » Américain. J’ai son livre « L’Astrologie de la personnalité » dans ma bibliothèque personnelle en Hollande. Je vois Rudhyar en haut de la cage d’escalier, légèrement voûté, il est élégant et il porte une barbe sombre. Notre conversation va son train. Parfois, il se frotte les yeux. Il a une sorte de grippe chronique, me dit-il, dûe au brouillard de Los Angeles, et il ajoute qu’on ne devrait pas vivre là. Je lui demande : « Voulez-vous que je revienne plus tard ? ». Non, me dit-il, ça lui fait du bien de rencontrer quelqu’un qui vient d’Europe. Et puis la conversation reprend, ses mains se joignent à ses paroles, ses yeux s’allument et je me retrouve face à un être humain extrêmement sociable, hautement sensible au contact et à l’échange qui lui manquent habituellement, ou dont il a l’air capable de se couper par moments sur une impulsion.
Il dit que la mentalité d’Hollywood et le manque d’intérêt qu’elle manifeste pour sa façon de voir les choses le dépriment. Il parle de musique et de Stravinsky, il me montre ses dessins, il me fait écouter ses compositions enregistrées, il oublie les problèmes qu’il a aux yeux et manifeste tout à coup un enthousiasme qui transforme en un instant, comme par magie, un homme âgé et fatigué, en esprit jeune et fascinant. Il agite ses mains, il tire sur sa barbe, il philosophe sur l’Europe, puis tout à coup s’énerve à propos de ces femmes qui n’ont que des problèmes de couples, mais il s’en excuse rapidement et remet la problématique dans une perspective plus intéressante. Puis il se demande qui il est, un homme entre deux mondes, ni Américain, ni Européen. Qui s’intéresse à la cosmologie ? Il n’y a que le sexe et l’argent qui comptent. Est-il en avance sur son temps ? Ou alors complètement en dehors de la réalité ? Aurait-il du rester en Europe ?
« Mais, Monsieur Rudhyar, d’où venez-vous ? En Hollande, les gens pensent que vous êtes Oriental. » Un geste brusque : « Oh, le passé, c’était il y a si longtemps ». Puis il se fait silencieux et semble vouloir reprendre contact avec sa fatigue. Et puis non, pas du tout. « Où êtes-vous né, qui êtes-vous ? Racontez-moi votre vie, s’il vous plait. » Dans la pièce, il y a un magnétophone, un tourne-disques, quelques livres dans une petite bibliothèque, quelques dessins abstraits sont épinglés au mur. Tout parle d’un lieu de vie temporaire. « Oui », dit-il, et comme s’il lisait dans mon esprit, « Tout ce qui m’appartient, mes peintures, tout se trouve à Santa Fe. C’est là, au Nouveau Mexique, que j’ai vécu des années avec ma femme. C’est un endroit très intéressant, où il y a encore des Indiens Pueblos. Vous devriez y aller. » Et il me montre une grosse bague en argent où se trouve sertie une malachite verte, taillée comme un diamant. « C’est Indien ». Il regarde autour de lui. « Oh, je suis temporairement ici, j’ai divorcé de ma seconde femme en 1954, elle a préféré un homme qui vivait de façon plus conventionnelle. Où vais-je aller ensuite ? Probablement dans le désert, ou alors en Europe … ». Il a un beau et fugace sourire. « Après 50 ans … Ah oui, où je suis né ? Non, pas en Asie. Je suis né à Paris. Dans la vieille Europe, et dans une famille ancienne démunie à la lignée en voie d’extinction. » Et le voilà qui sourit à nouveau et reprend ses manières aristocratiques exquises.
Puis, soudain, il m’inspire de la compassion. Cet homme ne colle pas au décor d’Hollywood, il est bien trop délicat. Un château au bord de la Loire, quelque endroit en relation avec le passé, un toit d’aristocrate sur la tête, qui lui permettrait d’échapper au monde et d’en penser un autre, voilà qui lui conviendrait. Non, décidément, cet homme n’appartient pas à ce Los Angeles avec ses millions de voitures, sa poussière et son bruit. Mais à quel lieu appartient-il ? « Rudhyar est mon pseudonyme depuis que j’ai 16 ans. Il appartient à un temps où j’ai laissé mon passé Français derrière moi. » Et puis il me raconte sa vie aventureuse : l’homme qui s’est donné le nom de Dane Rudhyar est né le 23 mars 1895 à Paris. Il était le tout dernier enfant précoce d’une lignée presque éteinte. À 16 ans il avait déjà son baccalauréat en philosophie, il étudiait le droit et il avait déjà écrit son premier livre sur Claude Debussy qui fut publié par Durand en 1913, tandis qu’il composait aussi des œuvres pour piano. Puis, il est entré au Conservatoire de Paris, il a écrit des articles révolutionnaires sur la musique et la danse. Il évoluait dans le monde parisien des arts, au sein duquel il était perçu comme faisant partie de la jeunesse avant-gardiste. Au début de la première guerre mondiale, il devint le secrétaire du sculpteur Rodin. Puis, tout à coup, au milieu de la guerre, il a mis fin à sa courte carrière. Sa passion pour l’aventure s’est réveillée, et il s’est embarqué pour le nouveau monde. Il a coupé absolument tous les liens avec son passé, la France était morte pour lui et il a adopté définitivement ce nom qui « sonnait » à l’orientale.
Quand Dane Rudhyar est arrivé à New York, il a rencontré un succès immédiat. Pierre Monteux a dirigé ses compositions au Metropolitan Opera. Rudhyar a voyagé dans tous les Etats Unis, au Canada, où il faisait des lectures ultra modernes sur la musique polytonale. Il écrivait des livres, des articles sur « La renaissance de la musique Hindoue », le système à 12 tons. Il travaillait pour le « Musical Quarterly », il composait, et il a gagné un prix de 1000 $ pour son poème symphonique « Soul Fire ». Il donnait lui-même des concerts, il avait même écrit quelques pièces pour le cinéma d'Hollywood. Dans les années d’après-guerre, de 1918 à 1922, les idées brillantes de ce jeune Oriental mystérieux d’à peine 25 ans étaient reçues très favorablement. Passés les 30 ans, son talent capable de s’exprimer sur plusieurs plans devint de plus en plus évident, même si plus tard, il décida de moins se disperser. Il écrivait de plus en plus et donnait des cours sur « La libération par le son » (1931), la philosophie, les nuances de la psychologie cosmique (une matière totalement inconnue dans les années 30).
Puis, soudain, en 1938, une nouvelle facette de ses possibilités se révèle soudain à lui. Il se sent poussé à peindre et rejoint le Groupe de Peinture Transcendantale, puis écrit un livre sur ce groupe. C’est au cours de cette période qu’il s’est engagé dans une direction idéologique dont il s’arrachera d’ailleurs plus tard, à sa façon habituelle, passionnée et drastique. Le combat qu’il a livré avec lui-même au cours de ces années et qui l’a amené à développer ses idées les plus personnelles, il l’a raconté dans « Modern man’s conflicts : the creative challenge of a global society », publié en 1949 par la Philosophical Library, New York. (ndlt : ce livre n’a pas été traduit en français). En 1945, il se marie pour la seconde fois, avec la sœur d’un peintre Russe très connu, et puis il réoriente complètement ses activités. En association avec le psychiatre Moreno, ils montent, lui et sa femme, des départements de psychodrame en Iowa et en Californie. Il donne des consultations d’astro-psychologie, il revient aussi à la composition, il écrit des quintettes. En 1954, sa femme lui demande le divorce. À partir de ce moment-là et jusqu’en 1962, il ne fera que publier des articles pour des revues d’astrologie, ainsi que des séries de petits livres « semence » mensuels, qui sont autant de lettres philosophiques s’adressant à un tout petit cercle d’amateurs qui s’intéressaient à sa pensée, mais dont le nombre de membres allait en s’amenuisant ….
Il est retourné en Europe en 1959, alors qu’il l’avait quittée pendant 50 ans, pour une très courte visite à Paris et à la Suisse. Mais en fait, pour lui c’était comme si l’Europe lui décochait des flèches de feu et d’énergie. Le continent de sa jeunesse était mourant quand il l’avait laissé derrière lui, mais sur le plan spirituel, il était à la fin des années 50, plus que vivant. De retour aux Etats Unis, il n’a pu y rester très longtemps. Il lui fallait absolument retourner en Europe, ce qu’il fit en 1962 pour une visite à la France, à l’Angleterre et un séjour aux Pays Bas où il fit une courte lecture et où ceux de ses livres qui étaient publiés, ne l’étaient déjà plus depuis longtemps aux Etats Unis. Servire a publié respectivement en 1962 et en 1963 « Le rythme du Zodiaque » et « L’Astrologie de la Personnalité » en Anglais. Puis en 1963, Rudhyar est revenu à nouveau en Europe, alors qu’à l'époque il séjournait à New York et il a pris de nouveaux contacts. C’était l’époque où il développait une nouvelle vision philosophique du monde.
Il est impossible de résumer ses idées dans ce court article. Il faut lire ses livres vous-mêmes. Les idées de Rudhyar tournent comme des atomes autour d’un noyau, qu’il a formulé comme étant la puissance créative de l’univers et qui rassemblent un nouveau type d’êtres humains grâce à une nouvelle relation interpersonnelle qui changera tous les processus sociaux. Il veut évoquer une « semence pour une vie plus large ». La possibilité existe, dit-il, que l’homme d’aujourd’hui s’éveille à la possibilité (qui vient d'une impulsion donnée par le cosmos, ça c’est bien du langage de Bélier !) d’un instant nouveau, d’un jour nouveau, qui se produit dans toute relation sous la forme d’un mystérieux élément plus, une sorte d’ion positif. Chaque contact, chaque relation, dégage un nouveau pouvoir qui nous transforme. Le particulier se trouve dans la rencontre, dans la relation interpersonnelle. En cela, Rudhyar est très proche des philosophes français existentialistes (c’est d’ailleurs très intéressant pour le subconscient collectif, que Rudhyar ait coupé tous les liens avec son pays natal jusqu’en 1959). Très souvent, la femme et son statut sont impliqués dans les pensées de Rudhyar. La femme en tant qu’antipôle potentiel dans la relation. C’est spécialement chez les femmes qu’il voit que la semence pour un nouveau monde peut émerger de la catharsis, de la purification et de la destruction partielle du vieux monde à la fin du cycle. Rudhyar parle souvent de la notion de cycles et d’un nouvel ordre des choses.
Astrologiquement, notre relation est claire : le Soleil de Rudhyar au degré 3 du Bélier dans la Maison III est exactement conjoint à mon Jupiter conjoint Uranus, tous les deux sur le degré 3 du Bélier et dans ma Maison III (je suis née le 20 août 1927 à Flushing aux Pays Bas et j’ai l’Ascendant à 27° Sagittaire). Bien sûr cet esprit brillant devait trouver de nouveaux encouragements grâce à moi, qui pourrai lui permettre de republier à nouveau, alors qu’il était dans une sorte d’impasse dans les années 60. Lors de sa première visite aux Pays Bas, il est venu me voir à La Haye, le 9 novembre 1960. J’avais organisé pour lui une rencontre avec Wim Koppejan, mon mari, qui était alors le seul à avoir fait des liens entre le travail du Français Janduz et celui de l’Américain Marc Edmund Jones sur les degrés symboliques et bien entendu sur le travail de Rudhyar. Le jeune Niek Scheps (ndlt : astrologue hollandais) était là aussi, comme d'autres gens connus. Rudhyar m’écrivit plus tard : « J’aime beaucoup ce qui se passe à La Haye », puis ensuite quand il fut rentré en Amérique : « L’Europe me manque, particulièrement Paris et le peu de gens que j’ai rencontré autour de vous – et vous ! Mais bien sûr, vous êtes très européenne et moi je ne suis nulle part, je n’appartiens plus à aucun endroit, et ça me rend d’autant plus solitaire. » (lettre du 16 septembre 1960). En 1961 il est venu à Paris par bateau et il y a passé l’été.
L’été suivant, en 1962, il est revenu en bateau de New York, il a fait une lecture à Zeist, aux Pays Bas, il a rencontré Carolus Verhulst et il est revenu nous voir à La Haye. Puis il m’a demandé de rester en contact avec Servire et d’organiser un rendez-vous avez lui pour le printemps suivant. Je me suis débrouillée pour que l’Ecole Internationale « voor Wijsbegeerte » à Amersfoort soit intéressée. Et entretemps, Rudhyar est retourné en Californie en bateau et en train. Il avait presque 68 ans et se plaignait dans ses lettres du bruit, du froid, d’une fatigue constante, il disait qu’il avait des problèmes avec la lumière et son ophtalmologiste depuis qu’il avait des problèmes sérieux aux yeux.
En 1963, il a fait le voyage sur le s.s. « Maasdam » et il a débarqué à Rotterdam. Il s’est reposé une journée à La Haye et nous sommes allés ensemble à l’école d’Amersfoot, où des admirateurs l’attendaient déjà. Ce fut un week-end très intense. Le sujet en fut « L’émergence d’une société globale » et les trois lectures qu’il fit : « La transformation psychologique », « La situation Historique » et « La Planète comme « Champ » d’activités structurées interdépendantes et la Fonction de l’Homme en leur sein ». (Il m’écrivit plus tard le plaisir qu’il eut à recevoir 300 Florins pour son week-end !). Et maintenant, trente ans plus tard, tout ce qu’il a évoqué au cours de ce week-end est devenu concepts et mots courants. Mais en 1963, tout ça était complètement nouveau pour l’audience Hollandaise. Rudhyar a toujours été en avance sur son temps et il était bien entendu incompris.
Ce fut son dernier voyage en Hollande et autant que je sache, ce fut aussi le dernier en Europe.
À l’été 1963, il a épousé sa troisième femme, Tana. Ce qui initia, grâce à son aide, sa plus longue période d’écriture et de publication aux Etats Unis. Sa dernière période créative démarra quand il épousa Leyla Raël à l’âge de 79 ans, en 1976, qui l’assista jusqu’à la fin de sa vie dans ses publications.
Après la mort de mon mari en 1979, Rudhyar m’a poussée à publier notre travail commun sur les images des degrés symboliques en Anglais. Il n’a malheureusement pas vécu assez longtemps pour voir la publication du « Zodiac Image Handbook » ou de « Beeldgids » en 1990.
Qu’est-ce que Rudhyar a à nous dire en Europe au travers de tout cela, en tant qu’être humain ayant vécu entre deux continents, ce qui a du le faire voler en éclats ? Sommes-nous plus profonds que lui, ou reste-t-il encore aujourd’hui l’homme d’une nouvelle impulsion révolutionnaire ?
Quoiqu’il en soit, il fut un pionnier et un génie, il a eu un passé glorieux et il vaut toujours la peine aujourd’hui, d’être rencontré et entendu grâce aux cassettes qu’il a enregistrées et grâce à ses livres. Il peut toujours nous donner la semence d’une vision pour une humanité nouvelle.
On peut lire la contribution d'Helene Koppejan-van Woelderen au Rudhyar Tribute en anglais à cette adresse : http://www.astrologie.ws/rudh01.htm
DANE RUDHYAR ET SON CONTACT AVEC LES PAYS BAS
On peut décrire le très doué Dane Rudhyar de bien des façons. Personnellement, pour ce faire, j’ai déjà utilisé une des lectures qu’il a faites le 29 août 1962 pour le « Het Open Veld » à Zeist, en Hollande, où il était passé pour un « phénomène ». Il disait dans une des 50 lettres qu’il m’a adressées : « ça m’a beaucoup amusé qu’on utilise ce terme - phénomène - pour parler de moi, parce que quand j’avais 18 ans, un homme en France, au bord de la mer, dans l’hôtel où nous séjournions, m’appelait le phénomène, au lieu d’utiliser mon vrai nom. En français, la signification de « phénomène » est très différente de celle de l’anglais, elle se rapproche plutôt de l’américain « wonder boy » (ndlt : connotation un peu magique). (lettre du 6 novembre 1962).
J’aimerais mettre en lumière une petite période de la vie phénoménale de Rudhyar, son contact avec les Pays Bas, dont je fus moi-même l’instrument, en lui permettant de nouer des liens avec Carolus Verhulst qui l’avait rencontré en 1962, et qui était à l’époque l’éditeur de Servire, où furent publiés 9 des livres de Rudhyar en Anglais. A l’époque, j’étais une astro-psychologue débutante d’à peine 30 ans. Comme nous nous étions rencontrés en 1958 à Los Angeles, Rudhyar avait décidé de venir me voir en Hollande pendant son voyage en Europe en 1960.
En reparcourant mes notes sur Rudhyar, je me souviens d’une après-midi très chaude de 1958 à Hollywood. Je marche le long d’une allée de palmiers, et puis j’entre dans l’immeuble où je dois rencontrer l’homme connu pour être le plus important « astrosophe » Américain. J’ai son livre « L’Astrologie de la personnalité » dans ma bibliothèque personnelle en Hollande. Je vois Rudhyar en haut de la cage d’escalier, légèrement voûté, il est élégant et il porte une barbe sombre. Notre conversation va son train. Parfois, il se frotte les yeux. Il a une sorte de grippe chronique, me dit-il, dûe au brouillard de Los Angeles, et il ajoute qu’on ne devrait pas vivre là. Je lui demande : « Voulez-vous que je revienne plus tard ? ». Non, me dit-il, ça lui fait du bien de rencontrer quelqu’un qui vient d’Europe. Et puis la conversation reprend, ses mains se joignent à ses paroles, ses yeux s’allument et je me retrouve face à un être humain extrêmement sociable, hautement sensible au contact et à l’échange qui lui manquent habituellement, ou dont il a l’air capable de se couper par moments sur une impulsion.
Il dit que la mentalité d’Hollywood et le manque d’intérêt qu’elle manifeste pour sa façon de voir les choses le dépriment. Il parle de musique et de Stravinsky, il me montre ses dessins, il me fait écouter ses compositions enregistrées, il oublie les problèmes qu’il a aux yeux et manifeste tout à coup un enthousiasme qui transforme en un instant, comme par magie, un homme âgé et fatigué, en esprit jeune et fascinant. Il agite ses mains, il tire sur sa barbe, il philosophe sur l’Europe, puis tout à coup s’énerve à propos de ces femmes qui n’ont que des problèmes de couples, mais il s’en excuse rapidement et remet la problématique dans une perspective plus intéressante. Puis il se demande qui il est, un homme entre deux mondes, ni Américain, ni Européen. Qui s’intéresse à la cosmologie ? Il n’y a que le sexe et l’argent qui comptent. Est-il en avance sur son temps ? Ou alors complètement en dehors de la réalité ? Aurait-il du rester en Europe ?
« Mais, Monsieur Rudhyar, d’où venez-vous ? En Hollande, les gens pensent que vous êtes Oriental. » Un geste brusque : « Oh, le passé, c’était il y a si longtemps ». Puis il se fait silencieux et semble vouloir reprendre contact avec sa fatigue. Et puis non, pas du tout. « Où êtes-vous né, qui êtes-vous ? Racontez-moi votre vie, s’il vous plait. » Dans la pièce, il y a un magnétophone, un tourne-disques, quelques livres dans une petite bibliothèque, quelques dessins abstraits sont épinglés au mur. Tout parle d’un lieu de vie temporaire. « Oui », dit-il, et comme s’il lisait dans mon esprit, « Tout ce qui m’appartient, mes peintures, tout se trouve à Santa Fe. C’est là, au Nouveau Mexique, que j’ai vécu des années avec ma femme. C’est un endroit très intéressant, où il y a encore des Indiens Pueblos. Vous devriez y aller. » Et il me montre une grosse bague en argent où se trouve sertie une malachite verte, taillée comme un diamant. « C’est Indien ». Il regarde autour de lui. « Oh, je suis temporairement ici, j’ai divorcé de ma seconde femme en 1954, elle a préféré un homme qui vivait de façon plus conventionnelle. Où vais-je aller ensuite ? Probablement dans le désert, ou alors en Europe … ». Il a un beau et fugace sourire. « Après 50 ans … Ah oui, où je suis né ? Non, pas en Asie. Je suis né à Paris. Dans la vieille Europe, et dans une famille ancienne démunie à la lignée en voie d’extinction. » Et le voilà qui sourit à nouveau et reprend ses manières aristocratiques exquises.
Puis, soudain, il m’inspire de la compassion. Cet homme ne colle pas au décor d’Hollywood, il est bien trop délicat. Un château au bord de la Loire, quelque endroit en relation avec le passé, un toit d’aristocrate sur la tête, qui lui permettrait d’échapper au monde et d’en penser un autre, voilà qui lui conviendrait. Non, décidément, cet homme n’appartient pas à ce Los Angeles avec ses millions de voitures, sa poussière et son bruit. Mais à quel lieu appartient-il ? « Rudhyar est mon pseudonyme depuis que j’ai 16 ans. Il appartient à un temps où j’ai laissé mon passé Français derrière moi. » Et puis il me raconte sa vie aventureuse : l’homme qui s’est donné le nom de Dane Rudhyar est né le 23 mars 1895 à Paris. Il était le tout dernier enfant précoce d’une lignée presque éteinte. À 16 ans il avait déjà son baccalauréat en philosophie, il étudiait le droit et il avait déjà écrit son premier livre sur Claude Debussy qui fut publié par Durand en 1913, tandis qu’il composait aussi des œuvres pour piano. Puis, il est entré au Conservatoire de Paris, il a écrit des articles révolutionnaires sur la musique et la danse. Il évoluait dans le monde parisien des arts, au sein duquel il était perçu comme faisant partie de la jeunesse avant-gardiste. Au début de la première guerre mondiale, il devint le secrétaire du sculpteur Rodin. Puis, tout à coup, au milieu de la guerre, il a mis fin à sa courte carrière. Sa passion pour l’aventure s’est réveillée, et il s’est embarqué pour le nouveau monde. Il a coupé absolument tous les liens avec son passé, la France était morte pour lui et il a adopté définitivement ce nom qui « sonnait » à l’orientale.
Quand Dane Rudhyar est arrivé à New York, il a rencontré un succès immédiat. Pierre Monteux a dirigé ses compositions au Metropolitan Opera. Rudhyar a voyagé dans tous les Etats Unis, au Canada, où il faisait des lectures ultra modernes sur la musique polytonale. Il écrivait des livres, des articles sur « La renaissance de la musique Hindoue », le système à 12 tons. Il travaillait pour le « Musical Quarterly », il composait, et il a gagné un prix de 1000 $ pour son poème symphonique « Soul Fire ». Il donnait lui-même des concerts, il avait même écrit quelques pièces pour le cinéma d'Hollywood. Dans les années d’après-guerre, de 1918 à 1922, les idées brillantes de ce jeune Oriental mystérieux d’à peine 25 ans étaient reçues très favorablement. Passés les 30 ans, son talent capable de s’exprimer sur plusieurs plans devint de plus en plus évident, même si plus tard, il décida de moins se disperser. Il écrivait de plus en plus et donnait des cours sur « La libération par le son » (1931), la philosophie, les nuances de la psychologie cosmique (une matière totalement inconnue dans les années 30).
Puis, soudain, en 1938, une nouvelle facette de ses possibilités se révèle soudain à lui. Il se sent poussé à peindre et rejoint le Groupe de Peinture Transcendantale, puis écrit un livre sur ce groupe. C’est au cours de cette période qu’il s’est engagé dans une direction idéologique dont il s’arrachera d’ailleurs plus tard, à sa façon habituelle, passionnée et drastique. Le combat qu’il a livré avec lui-même au cours de ces années et qui l’a amené à développer ses idées les plus personnelles, il l’a raconté dans « Modern man’s conflicts : the creative challenge of a global society », publié en 1949 par la Philosophical Library, New York. (ndlt : ce livre n’a pas été traduit en français). En 1945, il se marie pour la seconde fois, avec la sœur d’un peintre Russe très connu, et puis il réoriente complètement ses activités. En association avec le psychiatre Moreno, ils montent, lui et sa femme, des départements de psychodrame en Iowa et en Californie. Il donne des consultations d’astro-psychologie, il revient aussi à la composition, il écrit des quintettes. En 1954, sa femme lui demande le divorce. À partir de ce moment-là et jusqu’en 1962, il ne fera que publier des articles pour des revues d’astrologie, ainsi que des séries de petits livres « semence » mensuels, qui sont autant de lettres philosophiques s’adressant à un tout petit cercle d’amateurs qui s’intéressaient à sa pensée, mais dont le nombre de membres allait en s’amenuisant ….
Il est retourné en Europe en 1959, alors qu’il l’avait quittée pendant 50 ans, pour une très courte visite à Paris et à la Suisse. Mais en fait, pour lui c’était comme si l’Europe lui décochait des flèches de feu et d’énergie. Le continent de sa jeunesse était mourant quand il l’avait laissé derrière lui, mais sur le plan spirituel, il était à la fin des années 50, plus que vivant. De retour aux Etats Unis, il n’a pu y rester très longtemps. Il lui fallait absolument retourner en Europe, ce qu’il fit en 1962 pour une visite à la France, à l’Angleterre et un séjour aux Pays Bas où il fit une courte lecture et où ceux de ses livres qui étaient publiés, ne l’étaient déjà plus depuis longtemps aux Etats Unis. Servire a publié respectivement en 1962 et en 1963 « Le rythme du Zodiaque » et « L’Astrologie de la Personnalité » en Anglais. Puis en 1963, Rudhyar est revenu à nouveau en Europe, alors qu’à l'époque il séjournait à New York et il a pris de nouveaux contacts. C’était l’époque où il développait une nouvelle vision philosophique du monde.
Il est impossible de résumer ses idées dans ce court article. Il faut lire ses livres vous-mêmes. Les idées de Rudhyar tournent comme des atomes autour d’un noyau, qu’il a formulé comme étant la puissance créative de l’univers et qui rassemblent un nouveau type d’êtres humains grâce à une nouvelle relation interpersonnelle qui changera tous les processus sociaux. Il veut évoquer une « semence pour une vie plus large ». La possibilité existe, dit-il, que l’homme d’aujourd’hui s’éveille à la possibilité (qui vient d'une impulsion donnée par le cosmos, ça c’est bien du langage de Bélier !) d’un instant nouveau, d’un jour nouveau, qui se produit dans toute relation sous la forme d’un mystérieux élément plus, une sorte d’ion positif. Chaque contact, chaque relation, dégage un nouveau pouvoir qui nous transforme. Le particulier se trouve dans la rencontre, dans la relation interpersonnelle. En cela, Rudhyar est très proche des philosophes français existentialistes (c’est d’ailleurs très intéressant pour le subconscient collectif, que Rudhyar ait coupé tous les liens avec son pays natal jusqu’en 1959). Très souvent, la femme et son statut sont impliqués dans les pensées de Rudhyar. La femme en tant qu’antipôle potentiel dans la relation. C’est spécialement chez les femmes qu’il voit que la semence pour un nouveau monde peut émerger de la catharsis, de la purification et de la destruction partielle du vieux monde à la fin du cycle. Rudhyar parle souvent de la notion de cycles et d’un nouvel ordre des choses.
Astrologiquement, notre relation est claire : le Soleil de Rudhyar au degré 3 du Bélier dans la Maison III est exactement conjoint à mon Jupiter conjoint Uranus, tous les deux sur le degré 3 du Bélier et dans ma Maison III (je suis née le 20 août 1927 à Flushing aux Pays Bas et j’ai l’Ascendant à 27° Sagittaire). Bien sûr cet esprit brillant devait trouver de nouveaux encouragements grâce à moi, qui pourrai lui permettre de republier à nouveau, alors qu’il était dans une sorte d’impasse dans les années 60. Lors de sa première visite aux Pays Bas, il est venu me voir à La Haye, le 9 novembre 1960. J’avais organisé pour lui une rencontre avec Wim Koppejan, mon mari, qui était alors le seul à avoir fait des liens entre le travail du Français Janduz et celui de l’Américain Marc Edmund Jones sur les degrés symboliques et bien entendu sur le travail de Rudhyar. Le jeune Niek Scheps (ndlt : astrologue hollandais) était là aussi, comme d'autres gens connus. Rudhyar m’écrivit plus tard : « J’aime beaucoup ce qui se passe à La Haye », puis ensuite quand il fut rentré en Amérique : « L’Europe me manque, particulièrement Paris et le peu de gens que j’ai rencontré autour de vous – et vous ! Mais bien sûr, vous êtes très européenne et moi je ne suis nulle part, je n’appartiens plus à aucun endroit, et ça me rend d’autant plus solitaire. » (lettre du 16 septembre 1960). En 1961 il est venu à Paris par bateau et il y a passé l’été.
L’été suivant, en 1962, il est revenu en bateau de New York, il a fait une lecture à Zeist, aux Pays Bas, il a rencontré Carolus Verhulst et il est revenu nous voir à La Haye. Puis il m’a demandé de rester en contact avec Servire et d’organiser un rendez-vous avez lui pour le printemps suivant. Je me suis débrouillée pour que l’Ecole Internationale « voor Wijsbegeerte » à Amersfoort soit intéressée. Et entretemps, Rudhyar est retourné en Californie en bateau et en train. Il avait presque 68 ans et se plaignait dans ses lettres du bruit, du froid, d’une fatigue constante, il disait qu’il avait des problèmes avec la lumière et son ophtalmologiste depuis qu’il avait des problèmes sérieux aux yeux.
En 1963, il a fait le voyage sur le s.s. « Maasdam » et il a débarqué à Rotterdam. Il s’est reposé une journée à La Haye et nous sommes allés ensemble à l’école d’Amersfoot, où des admirateurs l’attendaient déjà. Ce fut un week-end très intense. Le sujet en fut « L’émergence d’une société globale » et les trois lectures qu’il fit : « La transformation psychologique », « La situation Historique » et « La Planète comme « Champ » d’activités structurées interdépendantes et la Fonction de l’Homme en leur sein ». (Il m’écrivit plus tard le plaisir qu’il eut à recevoir 300 Florins pour son week-end !). Et maintenant, trente ans plus tard, tout ce qu’il a évoqué au cours de ce week-end est devenu concepts et mots courants. Mais en 1963, tout ça était complètement nouveau pour l’audience Hollandaise. Rudhyar a toujours été en avance sur son temps et il était bien entendu incompris.
Ce fut son dernier voyage en Hollande et autant que je sache, ce fut aussi le dernier en Europe.
À l’été 1963, il a épousé sa troisième femme, Tana. Ce qui initia, grâce à son aide, sa plus longue période d’écriture et de publication aux Etats Unis. Sa dernière période créative démarra quand il épousa Leyla Raël à l’âge de 79 ans, en 1976, qui l’assista jusqu’à la fin de sa vie dans ses publications.
Après la mort de mon mari en 1979, Rudhyar m’a poussée à publier notre travail commun sur les images des degrés symboliques en Anglais. Il n’a malheureusement pas vécu assez longtemps pour voir la publication du « Zodiac Image Handbook » ou de « Beeldgids » en 1990.
Qu’est-ce que Rudhyar a à nous dire en Europe au travers de tout cela, en tant qu’être humain ayant vécu entre deux continents, ce qui a du le faire voler en éclats ? Sommes-nous plus profonds que lui, ou reste-t-il encore aujourd’hui l’homme d’une nouvelle impulsion révolutionnaire ?
Quoiqu’il en soit, il fut un pionnier et un génie, il a eu un passé glorieux et il vaut toujours la peine aujourd’hui, d’être rencontré et entendu grâce aux cassettes qu’il a enregistrées et grâce à ses livres. Il peut toujours nous donner la semence d’une vision pour une humanité nouvelle.
« Rudhyar est un homme de vision profonde et pénétrante,
dont les écrits illuminent la vie. »
(Claude Bragdon)
dont les écrits illuminent la vie. »
(Claude Bragdon)
On peut lire la contribution d'Helene Koppejan-van Woelderen au Rudhyar Tribute en anglais à cette adresse : http://www.astrologie.ws/rudh01.htm