Charon traversant le Styx – Joachim PATENIER
(16ème siècle)
Le 8 avril 2007
Dans la mythologie grecque, Charon était le fils d’Erèbe (les Ténèbres) et de Nyx (la Nuit). Il avait
pour rôle de faire passer sur une barque traversant le fleuve Styx et moyennant péage, les âmes des défunts qui se rendaient vers le séjour des morts sur lequel régnait en maître Hadès, celui
que la mythologie romaine nomme Pluton. Sur ce fleuve sont « passés » aussi quelques mortels ayant usé de charmes ou de ruses pour tromper Charon, tels Héraclès-Hercule qui souhaitait se rendre
dans les Enfers pour libérer Thésée, ou Orphée pour récupérer son Euridice, ou d’autres encore qui, en tant qu’émissaires divins, n’avaient pas besoin d’user de charmes, tel Hermès-Mercure,
émissaire de la déesse des moissons Déméter-Cérès, parti négocier pour elle auprès d’Hadès-Pluton, le retour de sa fille Perséphone-Proserpine sur la terre, où elle peut procéder aux semailles
après les longs mois d’hiver où elle reste séjourner dans le royaume d’Hadès-Pluton …
L’astronomie ayant conservé jusqu’à aujourd’hui la tradition des anciens qui consiste à nommer une
planète ou une étoile dès qu’elle en découvre une, en utilisant des noms tirés principalement des mythologies grecques ou romaines, on retrouve donc tout le petit monde charonien de la
symbolique du passage, « nommé » dans le système solaire, selon une répartition qui, jusqu’à la redéfinition de la notion de planète par l’UAI à la fin du mois d’août 2006 (redéfinition
précipitée par la découverte par les astronomes d’objets - notamment Eris - plus gros que Pluton dans la ceinture de Kuiper), ne me paraissait pas totalement « logique » sur le plan symbolique
et sur les niveaux d’interprétation qui en découlent habituellement en astrologie. En
effet, jusque-là, Cérès était un astéroïde de la ceinture d’astéroïdes située entre Mars et Jupiter, tandis que Pluton était la toute dernière
planète découverte dans le système solaire et Charon était défini comme le « compagnon » de Pluton ... Ce qui
donnait, ne serait-ce que pour Cérès et pour Pluton, deux « entités » totalement distinctes auxquelles l’astrologie ne pouvait pas donner de valeur interprétative de même qualité ou de même
niveau, tout simplement parce que l’astrologie utilise une hiérarchie dans ses schémas d’interprétation des objets gravitant dans le système solaire, qui met les planètes au premier plan et les
astéroïdes un peu en arrière, sur un niveau plus secondaire. D’ailleurs, il y a même des écoles d’astrologie qui n’utilisent pas du tout les astéroïdes dans leurs schémas
d’interprétation.
Fin août 2006 donc, l’Union Astronomique Internationale a proposé un nouveau schéma astronomique pour
le système solaire. Il compte maintenant 8 planètes principales : Mercure, Vénus, la Terre, Mars, Jupiter, Saturne, Uranus et Neptune, et des astéroïdes ordonnancés en deux catégories : les
astéroïdes tout court et les astéroïdes dits « planètes naines », catégorie où l’on trouve Cérès comme représentant des astéroïdes gravitant dans la ceinture d’astéroïdes entre Mars et Jupiter,
et Pluton représentant ceux gravitant dans la ceinture de Kuiper. La grande nouveauté de ce classement étant surtout que Pluton perd son - d’ailleurs très éphèmère - statut de planète à part
entière, qu’il n’aura conservé que 72 ans …. (pour plus de précisions sur ce nouveau schéma, sur la « nature » astronomique des planètes naines ou des
astéroïdes, sur le nouveau statut de Pluton, etc … voir les articles précédents dans cette même catégorie : « Pluton n’est plus une planète » et ceux de la catégorie : « Redéfinition de
la notion de planète par l’UAI »). Selon le nouveau schéma, nous voici donc
avec de toutes nouvelles données d’interprétation possible en astrologie : un schéma à deux luminaires (le Soleil et la Lune), 8 planètes et 3 astéroïdes « principaux » pour lesquels à mon
sens, une véritable logique se dégage enfin :
- entre Mars et Jupiter, se
trouve une ceinture d’astéroïdes, dont Cérès est le représentant parce qu’il est le plus gros astéroïde de cette ceinture
- entre Saturne et Uranus gravite un des astéroïdes les plus célèbres (en astrologie)
: Chiron, qui se trouve être aussi une sorte de comète – dont les astronomes nous assurent que comme Pluton, Eris, Charon et les autres objets de la
ceinture de Kuiper, il est fait de résidus du système solaire en formation
- au-delà de Neptune, gravitent uniquement des astéroïdes de taille variable, dont
Pluton - parce qu’il fut le premier gros objet à être découvert dans cette région du système solaire et parce qu’il a bénéficié un temps du statut de
planète - se trouve maintenant être le représentant.
Depuis longtemps, j’ai remarqué que Cérès et Chiron sont des points de passage naturels à l’intérieur
du système solaire : Cérès fait le passage entre les planètes dites personnelles (Mercure, Vénus et Mars) et les planètes dites du social (Jupiter et Saturne) et Chiron fait le passage entre
celles du social et celles dites transsaturniennes ou transpersonnelles (Uranus, Neptune et anciennement Pluton). Maintenant que le statut de planète naine-astéroïde échoit à Pluton, on ne peut
plus le mettre dans le groupe des planètes transpersonnelles avec Uranus et Neptune, par contre il trouve tout naturellement un autre statut, celui de passeur entre les planètes transpersonnelles dont il a fait partie un temps et la dimension galactique du système solaire.
Pour donner du sens à tout cela, il convient de revenir à ce qu’en pensait le « boss » Rudhyar, quand
il abordait la notion de transpersonnel et celle de la dimension galactique de l’astrologie. Ce qu’il faut d’abord savoir, c’est que Rudhyar avait pressenti la présence d’un autre objet aux
confins du système solaire et au-delà de Pluton, objet qu’il avait nommé en toute logique selon la mythologie des « passeurs » : Proserpine. Pour lui, le point de « passage » entre
transpersonnel et galactique se situait plutôt au niveau de cette probable Proserpine que de Pluton, parce qu’à l’époque où il est parti (il y a plus de 20 ans maintenant), il était
inenvisageable que Pluton soit autre chose qu’une planète à part entière. Il était d’ailleurs tout aussi inenvisageable à l’époque que Pluton devienne un jour, comme en ce jour de fin août
dernier, le représentant d’une multitude d’objets lui ressemblant - qu’on appelle maintenant les transneptuniens puisqu’ils gravitent tous au-delà de Neptune : Eris, Charon, Orcus, Quaoar, Nyx,
Hydra …. et tant d’autres, même Sedna, qui à une des extrémités de son orbite très éliptique, gravite beaucoup plus loin que la ceinture de Kuiper, jusqu'aux confins du nuage d’Oort
…
Alors, tout naturellement, dans son ouvrage « Triptyque astrologique » (aux Editions du Rocher) dans la
partie « La Route Illuminée », il parlait de Pluton comme étant la neuvième étape, celle qu’il avait appellée « Au Seuil de l’Immortalité », réservant à Proserpine le bouquet final pour ainsi
dire, la dixième étape : « Résurrection et Ascension », le véritable rituel de passage. Je le cite :
« L’Ascension du Christ (ce qui pour Rudhyar dans la
mythologie chrétienne est le plus proche du mythe de Proserpine) achève le transfert rituel
du cycle moindre au cycle plus vaste. Elle symbolise l’Initiation finale qui conduit à la Fraternité spirituelle représentée au ciel par la Constellation où
l’Etoile de l’individu ressuscité est un foyer de lumière et de puissance transcendante. Dans cet état, l’individualité existe toujours ; mais elle est maintenant « céleste ». Et cette étoile
est peut-être aussi un soleil rayonnant sa lumière et son énergie sur des planètes et des multitudes d’êtres vivants. Nous savons aujourd’hui que notre galaxie contient de nombreuses catégories
d’étoiles et de groupements stellaires. L’ésotérisme moderne enseigne également qu’après avoir terminé la Route Illuminée, l’être qui a reçu l’Initiation suprême voit s’ouvrir devant lui
diverses voies dont certaines conduisent au-delà de tout contact possible avec l’humanité terrestre.»
Comme le monde change et évolue de plus en plus rapidement, il faut savoir réactualiser l’œuvre de nos
maîtres en fonction de cette évolution, ce qui fait en l’occurrence qu’avec le nouveau statut de Pluton, une de ces deux étapes qui terminent la description de la Route Illuminée par Rudhyar
devient obsolète, ou plutôt disons que les étapes 9 et 10 du chemin vers l’Etoile deviennent une seule et même étape de « passage » dont le rôle est tenu par l’astéroïde Pluton seul et qui peut
se synthétiser ainsi « Mort, Renaissance ET Ascension ».
Quand on arrive à ce point de passage-là, on tient alors pour acquis le niveau de transformation de la
personnalité requis par la phase « transpersonnelle » représentée par Uranus et Neptune. De même que le niveau de transformation de la personnalité requis par la phase « personnelle »
représentée par Mercure, Vénus et Mars est tenu pour acquis au moment du passage au niveau socio-culturel représenté par le passeur Cérès et que le niveau de transformation de la personnalité
requis par la phase « socio-culturelle » représentée par Jupiter et Saturne est tenu pour acquis au moment du passage au niveau transpersonnel représenté par le passeur
Chiron.
Ces passages-là, nous les connaissons, nous les avons vécus, tout au moins le premier : celui de la
phase personnelle à la phase socio-culturelle, et ce lorsque nous n’étions pas si âgés que ça … C’est le moment où notre « mère » nourricière Cérès nous a remis entre les mains d’une société,
d’une culture, le moment où elle a accepté de nous lâcher pour nous laisser aller seuls sur la route de la vie, en adultes. Le passage suivant, pour le franchir, il convient d’avoir amené sa
personnalité à un niveau de transformation où ce qu’on appelle la croissance personnelle, est devenue une nécessité socio-culturelle évolutive et où avec le passeur Chiron, nous « soignons »
notre blessure existentielle de façon à pouvoir « dépasser » un certain nombre d’épreuves, qui sans ce travail spécifique nous renverraient sans cesse à un passé douloureux et nous
empêcheraient d’aller de l’avant, donc de passer au mode transpersonnel. Dépasser au sens où l’entend Rudhyar, c’est en fait passer au travers de ces
fameuses épreuves sans battre en retraite, de même que le « trans » de transpersonnel doit être entendu comme « au travers de » et non comme « au-delà de » (« trans » est utilisé dans le sens
de « au-delà de » quand on parle de planètes « transneptuniennes » par exemple).
Pour préciser un peu plus avant et revenir à Chiron, point de passage entre la phase socio-culturelle
et la phase transpersonnelle : « la croissance est personnelle et non transpersonnelle tant que la position du « centre-je » dans la personnalité demeure
assurée, incontestée » dit Rudhyar dans « L’astrologie de la transformation » (aux Editions du Rocher). Dans ce même livre, Rudhyar confirme ainsi l’importance du passeur Chiron :
« En donnant une signification nouvelle et transformative (aux) évènements – en particulier aux traumas, aux frustrations et aux blessures psychiques du passé
– (le) passé se trouve véritablement modifié. Il est transpersonnalisé. Chaque événement
tragique est alors compris consciemment comme une phase nécessaire dans le processus qui conduira en définitive à l’état transindividuel. »
Avant de parler du « passeur » Pluton, ce qu’il convient aussi de préciser, c’est qu’il ne faut pas
craindre le mot transpersonnel comme j’ai si souvent vu le faire bon nombre d’amateurs d’astrologie humaniste, donc de Rudhyar, pour qui la partie transpersonnelle de son œuvre astrologique
semblait « réservée » à un très petit nombre d’élus … Sans doute que la confusion vient de la façon dont Rudhyar a présenté les choses en utilisant un langage très ésotérique difficilement
compréhensible à qui n’a pas pratiqué la philosophie ésotérique d’Alice Bailey ou fait de la philosophie tout court. En fait il y a juste une petite chose toute simple à comprendre pour «
apprivoiser » le mot transpersonnel et l’astrologie qui en découle, c’est ceci : l’astrologie humaniste consiste à considérer le thème natal comme la représentation du potentiel de départ d’un
être, ce potentiel s’actualisant au fur et à mesure que la vie s’écoule ; l’astrologie transpersonnelle consiste à considérer le thème natal comme le
potentiel de départ d’un être, toujours, ce potentiel étant appellé à se transformer au fur et à mesure que la vie s’écoule.
Ainsi que Rudhyar l’a exposé dans « La dimension galactique de l’astrologie » (aux Editions du Rocher)
dans le chapitre « Quand on voit le Soleil comme une étoile – une approche galactique du système solaire », chacune des planètes transpersonnelles agit en tant qu’agent (ou « ambassadeur » ) du
Tout galactique plus vaste, qui symbolise l’Humanité en tant qu’Être planétaire : pour ce faire, Uranus s’efforce de briser les fortifications érigées par Saturne pour donner une sécurité
maximum au règne du « Je » royal, et ce faisant, Uranus ouvre de nouvelles perspectives et apporte un souffle d’air frais à la personnalité. Neptune, quant à lui, vise particulièrement à
défaire l’orgueil et la suffisance de Jupiter, quand il s’érige en religieux conservateur. Quant à Pluton, Rudhyar le présentait sous son aspect cosmique comme le « révélateur », par processus
de transformation et de purification, de l’ipséité individuelle des êtres. Devenu astéroïde, et donc « passeur », Pluton ne se défait pas de son rôle de révélateur, bien au contraire. Il
devient « Le » grand révélateur pour la personnalité qui a travaillé pendant la phase transpersonnelle, à ouvrir sa conscience à un autre type de réalité, la réalité spirituelle de son être, de
son ipséité et de son âme.
C’est donc ainsi qu’escorté de son compagnon, le « passeur » par excellence, Charon, Pluton indique à
l’âme qui vit au sein de notre personnalité et s’y épanouit de plus en plus, phase après phase, passage après passage, le chemin de la « finalité », le chemin du Centre Galactique, le chemin de
la « Source », dont je redonne ici - en forme de conclusion à cet article sur les « passeurs » du système solaire - la définition de Rudhyar dans « La dimension galactique de l’astrologie »
:
« Le centre est une source, à travers laquelle jaillit, s'écoule
l'esprit. Et tous les participants à la communauté prennent part à ce jaillissement. Sous son état primordial, cet esprit n'est pas une « chose » et pourtant, il est potientialité d'un nombre
infini de « choses ». Du coeur de la galaxie jaillit l'infinie potentialité, en source d'existence réelle. L'existence est toujours finie ; seule la potentialité d'existence peut être
considérée comme infinie. Toute communauté galactique a un but fini : une place et une fonction dans le Tout universel. Mais ce n'est pas une fonction séparative. Les galaxies forment des amas
de galaxies ; les communautés ne peuvent exister et prospérer que si elles comprennent et réalisent effectivement leur relation aux autres communautés, au sein de la « Communauté Universelle de
l'Homme » planétaire. Dans une communauté galactique, l'ntégration ne dépend pas de l'existence d'un centre « solaire » tout-puissant qui contraint tous les participants à tourner, en
adoration, autour de lui. L'intégration résulte de l'interaction complexe d'êtres dont chacun est une « étoile » de plein droit et accepte sa place et sa fonction dans la communauté. Le pouvoir
qui les lie est celui de l'amour, dans la mutualité et la compréhension. La réalisation de l'unité est suscitée par l'inter-relation constante et consciente de tous les participants ; plus que
l'unité, c'est l'ensemble, la totalité qui est le principe centralisateur."
Pluton, son compagnon
Charon et ses satellites, Nyx et Hydra
Sites de référence sur les passeurs :
- Chiron : Le Pas Sage de Brigitte Colinet
- Pluton : Le violon de Bois de Gérard Sorée
- Tous les astéroïdes du système solaire : La Lyre du Québec de Richard Doyle - Microastrologie