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Jeudi 24 juillet 2008


Article du blog de Mike Brown, publié le 22 juin dernier.  La version originale en anglais se trouve à cette adresse :
www.mikebrownsplanets.com/2008/06/whats-in-name.html


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Demandez à la plupart des astronomes ce qu’ils pensent de la décision de déclasser Pluton de son statut de planète à part entière pour en faire une planète naine (sans oublier ma découverte d’Eris), ils vous diront que ce n’est pas important, que c’est juste de la sémantique, que ce débat a quelque chose d’excessif. Et puis ils enchaîneront pendant trois heures pour vous expliquer pourquoi ils ont raison et pourquoi les autres ont tort …

Je ne ferai pas ça. Je ne vous dirai pas non plus pourquoi je pense – ou pas – que Pluton et Eris « devraient » être des planètes. Ni ce que je pense du terme « planète naine », ni du nouveau terme « Plutoïde ». J’ai des opinions assez marquées sur tout ça et je pourrais, moi aussi, remplir sans problème ces fameuses trois heures à ergoter, parce que bien sûr, c’est moi qui ais raison et que tous les autres ont tort ! A la place, je vais donc aborder des questions qui me semblent beaucoup plus importantes, à savoir : est-ce que tout ce débat est vraiment important, est-ce que ce n’est « que » de la sémantique, qu’y-a-t’il dans un nom, est-ce qu’une rose qui ne s’appellerait pas rose sentirait aussi bon ?


Commençons par oublier que le mot planète a jamais existé et regardons plutôt le système solaire avec des yeux neufs. Dans pratiquement tous les cas auxquels je peux penser, la première chose que fait un scientifique lorsqu’il commence à observer un nouveau groupe d’objets, d’animaux, de comportements ou de phénomènes, c’est de les classifier. La classification est à la racine de toute arborescence scientifique. Sans classification, il n’y a que des individus qui impliquent des explications et des théories individuelles. C’est la classification qui nous permet de donner du sens au monde qui nous entoure.

Dans le monde animal, il est très aisé de penser par classifications utiles : les animaux qui marchent versus ceux qui volent, versus ceux qui nagent … etc … on peut commencer comme ça. Mais c’est compter sans ceux qui arrivent ensuite et disent : et si on les catégorisait en herbivores versus les carnivores, versus les omnivores ? Pas de problème … en fait, dans ce domaine, les systèmes de classification diffèrent tout simplement selon le royaume animal que vous étudiez. Il y a aussi les animaux à plumes versus ceux à poils, versus ceux à écailles. Les grands versus les petits. Les mammifères versus les reptiles, versus les oiseaux. Les possibilités sont infinies … qui a raison ? Ben, personne ne pose jamais de question aussi stupide ! En fait, « la » question à se poser est de savoir lesquelles d’entre elles sont utiles, celles qui sont ne le sont pas, mais jamais de laquelle il s’agit. Si vous êtes un scientifique qui étudie la reproduction, rien ne vous empêche de décider quelle catégorie importante pour vous représentera les ovipares versus celle qui porte ses enfants, tandis que tout près de vous dans le même laboratoire, un spécialiste de la vocalisation se portera sur les sons émis par les animaux. Et tous ces schémas de catégorisation sont valables.

La seule chose qui me paraît erronnée en matière de catégorisations, c’est d’élaborer leurs règles de fonctionnement et ensuite de ne pas les suivre. Par exemple de ranger certains reptiles dans les mammifères ou dans les oiseaux. Puis ensuite de déclarer que les chats et les chiens se trouvent dans la famille des oiseaux. Là, le système de classification est juste mais la catégorisation en elle-même est erronnée.


Revenons au système solaire et cette fois, essayons d’oublier complètement le mot « planète ». Si vous étudiiez le système solaire et qu’on vous demandait de classifier les objets qui s’y trouvent, vous auriez plusieurs possibilités à votre disposition : si c’était sa composition qui vous intéressait, vous pourriez les catégoriser en objets rocheux versus objets gazeux, versus objets de glace ; si vous étiez intéressé par l’atmosphère, vous pourriez les catégoriser en objets à atmosphère dense versus objets à atmosphère légère, versus objets sans atmosphère ; si vous étiez intéressés par les champs magnétiques, vous pourriez catégoriser ceux qui en ont un versus ceux qui n’en ont pas.

Un astronome qui regarde le système solaire au moyen d’un téléscope a à l’esprit en termes de catégorisation quelque chose du genre : il y a les objets qui sont assez grands et assez proches pour que n’importe quel téléscope puisse les capter, il y a ceux qui sont petits, mais que les téléscopes les plus grands du monde, tels que celui de Hubble Space, peuvent capter et puis il y a ceux qui sont si petits et si éloignés qu’ils n’apparaissent que comme de tout petits points de lumière, quelque soit le téléscope utilisé.

Chaque fois que je suis au départ d’un nouveau projet d’observation du ciel, j’utilise explicitement cette classification-là.

Et cette liste est sans fin.

Alors, quel système de classification est correct en l’occurrence ?

Comme pour la classification des espèces animales, cette question est en fait complètement absurde, et personne ne la pose. En la matière, il y a beaucoup de schémas de classification tout aussi bons et utiles les uns que les autres. Et ils existent déjà. Donc, quand l’Union Astronomique Internationale a soumis au vote la définition du mot « planète », ce qu’elle faisait, ce n’était pas créer une nouvelle classification, puisque ce système existait déjà. Ce qu’elle faisait c’était seulement de décider dans quel système de classification prééxistant pouvait se ranger le mot magique « planète ».

Bien qu’il y ait un nombre infini de systèmes de classification qu’on puisse imaginer, au moment du débat sur le mot planète, seulement deux furent avancés : le premier système de classification est celui des objets ronds versus les objets qui ne le sont pas. Bien qu’à première vue, ce système semble idiot et arbitraire, si on le traduit par « géologiquement intéressant » versus « pas intéressant géologiquement », il prend alors du sens (cet énoncé a d’ailleurs été contesté par des myriades de scientifiques planétaires qui étudient la géologie des objets non-ronds, mais je crois cependant qu’ils pourraient tout à fait agréer la façon dont j’aborde les choses ici). Un objet devient rond lorsqu’il devient assez gros pour s’écraser sur lui-même grâce à sa propre gravité. Cet écrasement implique potentiellement de très intéressants processus géologiques, c’est pour ça que l’on pense généralement que les objets ronds ont une géologie intéressante, alors que les non-ronds n’en ont pas. En se fondant sur des estimations raisonnables, on sait qu’il y a des centaines d’objets de ce genre dans le système solaire et aucun astronome ne pourrait (ou ne devrait, tout au moins) jamais contester que ce schéma de classification est utile.

Le second schéma de classification abordé était celui des grands objets solitaires versus les collections de petits objets. Les objets solitaires sont Mercure, Vénus, la Terre, Mars, Jupiter, Saturne, Uranus et Neptune. Les collections de petits objets incluent les astéroïdes, principalement ceux situés entre Mars et Jupiter, les objets de la ceinture de Kuiper, principalement ceux situés au-delà de Neptune et d’autres « intrus » variés, comme les comètes. Pour ceux qui s’intéressent à la formation et à l’architecture des systèmes planétaires, cette classification divise les objets du système solaire en différents groupes qui nécessitent différentes explications (peut-être qu’un système meilleur serait de subdiviser aussi les grands objets en sous-catégories : les objets rocheux et les objets gazeux – ce qui demande donc d’utiliser des théories séparées de formation). Là encore, aucun astronome ne pourrait (ou ne devrait, tout au moins) jamais contester que ce schéma de classification est utile …


A l’heure actuelle, tout ce qui peut être pensé en matière de catégorisation scientifique l’a été, et très correctement. Tout ce qu’il reste à décider, c’est quelle catégorisation peut utiliser le mot magique « planète ». En l’occurrence, il n’y a absolument aucun argument scientifique qui puisse trancher en faveur de telle ou telle catégorisation, et je crois personnellement que les deux qui ont été discutées lors du commité de l’Union Astronomique Internationale sont valables.

La plupart des astronomes sont passés à côté de ce point. Quelques-uns d’entre eux continuent à attaquer ou à défendre la définition du mot planète sur des bases scientifiques. Ce faisant, ils tentent d’occulter ce qu’ils font vraiment, à savoir tenter de prouver que l’un de ces deux systèmes est meilleur que l’autre. Ils font preuve de peu d’intelligence et d’un vrai manque de réflexion. Il y a même un symposium organisé cet été pour discuter encore de la définition « scientifiquement correcte » d’une planète, le sujet de conférence le plus infondé que je puisse imaginer …

Alors que va-t’on faire de çà sur un plan mondial, et surtout, est-ce que c’est vraiment important ?

Je dirais que oui, c’est important, et que même la résolution de ce problème devient critique pour notre monde. Tandis que les astronomes (de même que les astrologues dont je sais qu’ils me lisent ici), ont à leur disposition une infinité de systèmes de classification des objets du système solaire, alors que le public ne dispose que d’un seul. Il y a des planètes, certes, mais il y a aussi tout le reste. Alors si le public n’utilise qu’un seul système de classification, lequel lui proposer ? Lequel rend le mieux compte de la richesse et de la complexité du système solaire, lequel lui parle le mieux de l’univers qui nous entoure avec un seul mot ?

Je préjuge de la réponse à cette question, mais ce n’est qu’un présupposé. Vous en avez peut-être un vous-même, il est peut-être différent du mien, alors, quand le moment vient de pratiquer la science, il est toujours temps de revenir à la classification que nous avions laissée de côté et qui est la plus utile pour résoudre les problèmes que nous posons au moment où nous les posons.
Par Adèle - Recommander
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