Samedi 26 juillet 2008
Voici l'article que Mike Brown a entré dans son blog le 29 juin dernier, proposant quelques règles
de base pour continuer - et clore enfin ! - le débat sur la définition de la notion de planète puisque, constate-t'il, alors que ce débat devrait être clos depuis longtemps ... il se réanime
régulièrement, faisant régresser dans le même temps toute avancée possible de la réflexion sur le "nouveau système solaire". Alors, puisqu'il empêche de faire le pas suivant vers une
meilleure compréhension de l'univers qui nous entoure et donc de nous-même, il a choisi de proposer quelques règles pour le mener à son terme.
La semaine dernière, je vous ai parlé de l’importance de la "catégorisation" et du fait qu’il
n’existe pas qu’une seule façon de faire des catégories.
Dans le cas du système solaire, le débat est pratiquement clos sur le fait qu’il faille utiliser une
classification géologique pour distinguer les planètes des non-planètes (si un objet est assez gros pour être rond, c’est une planète – avec quelques restrictions - et s’il ne l’est
pas, ce n’est pas une planète) ou bien utiliser une classification dynamique (ou comme je préfère l’appeler, une population) si un objet est assez gros pour être solitaire,
c’est une planète, s’il ne l’est pas et qu’il fait partie d’une population plus grande, ce n’est pas une planète. La plus grande partie du débat ayant porté sur des détails insignifiants et
sur la façon dont on pouvait nommer ces systèmes de classification. Plus précisément, sur la marge à accepter en matière de "rondeur", sur le fait que l’orbite de Neptune est croisée par
celle de Pluton et de beaucoup d’autres objets de la ceinture de Kuiper (* image en bas de page) et encore sur le fait que toute dénomination – ou définition – avait quelque chose de
défectueux, de toutes façons.
Ce à quoi je voudrais répondre tout simplement : tout astronome qui affirme que chacun de ces
systèmes de classification est fondamentalement faux ou n’a pas de sens propre, devrait jeter un œil dans son téléscope. Quand on se trouve face à deux systèmes de classification aussi bons
l’un que l’autre, comment un scientifique peut-il honnêtement décider dans lequel il peut mettre le mot "planète" ? En fait, il n’y a pas de réponse "scientifique" à cette question, parce que
la question en elle-même n’est tout simplement pas scientifique.
Que faire, alors ?
Selon moi, une approche rationnelle serait de laisser la décision finale à l’instance internationale
qui ratifie officiellement les noms donnés aux objets découverts dans l’espace (parce qu’elle est majoritairement composée de non-scientifiques). L’Union Astronomique Internationale serait
sans doute la plus appropriée, surtout parce qu’elle a accepté de soumettre au vote la définition dynamique / population qui a abouti à la décision de retenir 8 planètes dans le système
solaire.
J’approuve cette décision et j’aurais aussi approuvé une décision de l’UAI qui aurait défini les
centaines d’objets ronds gravitant dans l’espace comme des planètes (selon la définition géologique).
Bien sûr, j’ai des opinions personnelles. Je pense que la définition dynamique est bien plus
appropriée pour expliquer au public ce que sont les grands objets les plus importants du système solaire ainsi que leurs relations avec les vastes populations d’objets plus petits
(astéroïdes, comètes, objets de la ceinture de Kuiper). Et je pense aussi que culturellement, un petit nombre (8) de repères mentaux est plus efficace qu’un grand nombre (mettons 100). C’est
pourquoi je plaiderais (et plaide) fortement contre la définition géologique. Mais je dois aussi faire et travailler avec.
Parce que l’UAI a voté, le mot "planète" a été assigné à une catégorie qui inclut les 8 objets les
plus grands du système solaire et je considère généralement que le débat sur Pluton (et sur Eris) est clos. Je souhaite que nous avancions tous maintenant au-delà et comprenions à quel point
ces nouvelles découvertes ont dépassé le seuil des "planètes" et ont changé notre vision du système solaire et la façon dont nous le comprendrons à l’avenir.
Mais nous n’y arrivons pas … les débats continuent … et puisqu’il en est ainsi … j’aimerais proposer
ce qui suit :
Règles de base pour débattre de la notion de planète
Scientifique
-
- Discuter des différentes façons possibles pour catégoriser les objets du système solaire est
intéresssant. Les catégories géologiques et dynamiques / population retiennent toute l’attention, mais il y a beaucoup beaucoup d’autres façons intéressantes d’envisager le système
solaire.
-
- Clamer qu’il y a des raisons scientifiques pour que certains d’entre ces objets
méritent d’entrer dans la catégorie des "planètes" devrait disqualifier de toute discussion future ceux qui le prétendent, pour la raison qu’il ne s’agit que d’un almalgame entre
science et culture.
-
- Proposer un système de classification qui prétend l’être pour des raisons scientiques, tout
en étant complètement inconsistantes (par exemple, voir la proposition originale de l’UAI à 12 planètes), devrait renvoyer les personnes concernées à l’école pour un "soin" scientifique
intense !
Culturel
-
- Discuter des avantages et des désavantages culturels (éducatifs, émotionels, etc …) du mot
"planète" appliqué aux différents systèmes de classification, est le débat le plus important à tenir. Une fois que les catégories sont définies, ce débat devient purement culturel, car
les scientifiques ont déjà apporté toutes les contributions scientifiques possibles. Ils peuvent encore parler, bien sûr, mais je ne suis pas sûr qu’ils puissent encore peser sur le
débat, il me semble qu’ils en ont fait le tour.
-
- Il importe de discuter de la grande question de savoir si le mot "planète" a besoin d’être
appliqué à tous les systèmes de classification scientifique. On pourrait par exemple sortir des débats tout scientifique qui – même sur une base culturelle – affirme qu’il y a 9
planètes dans le système solaire sur la seule raison que c’est "comme ça et pas autrement", sans se soucier de la science (comme certains l’ont fait au moment de la discussion sur les
"continents" de la Terre).
Procédure
-
- Il y a beaucoup de questions intéressantes à poser. Qui décide qu’on doit utiliser un mot ? Si
on doit partir sur des bases scientifiques, y a-t’il une bonne raison pour que ce ne soit pas l’UAI qui prenne la décision ? Si on ne part pas sur des bases scientifiques, est-ce que
quelqu'un existe pour prendre une telle décision ou doit-on s’en remettre à la société toute entière qui graduellement, finirait par adopter cette pratique ?
-
- Toutes les déclarations trompeuses consécutives au vote de l’UAI doivent être démenties. Oui,
la procédure complète de l’UAI a été foutue en l’air par ces déclarations abusives, quoiqu’il en soit, je ne crois pas que l’on aboutisse à quelque chose de tellement différent de ce vote
en en rediscutant, quelles que soient les personnes se trouvant en présence. Parce que les vérifications effectuées après le vote de l’UAI – et il y en a eu ! – ont montré que grand
nombre d’astronomes pensaient que la définition à 8 planètes était bonne. Donc, se plaindre du vote de l’UAI équivaut à se revêtir du label "mal informé sur ce que la plupart des
astronomes pensent".
Je suis certain que dans ce que j’avance ici, il y a des choses que vous trouvez bonnes, d’autres
moins. Alors bienvenue dans le débat ! Dans les semaines à venir, je l’étofferai encore et j’apporterai aussi mes réponses à vos commentaires.