Dans le "Rudhyar Essentiel" écrit par la femme de Rudhyar, Leila Rael, se trouvaient en fin de livre quelques poèmes de Rudhyar. En voici un, traduit par Marief Cavaignac, femme d'Alexander Ruperti.
Rochers
J'ai parcouru cités, jardins et oasis.
J'ai souffert naissances, luttes et passions.
J'ai vibré au rythme des orages.
J'ai projeté ma vie : entrailles ouvertes.
J'ai chanté et pleuré, rêvé et combattu.
Tous mes nerfs sont couverts de cicatrices et de bénédictions.
Je fais maintenant face au désert et aux rochers.
Brûlants de soleil. Enfiévrés de lumière.
Nus et solennels, grouillant de la mort à sonnettes.
Dominants, mais sans mépris.
Bien que leur paix torturée n'émette aucun son,
ils parlent amour, intensité poignante.
Oh, les mots qu'ils profèrent,
ils brûlent, ils creusent, ils apaisent.
Il sont ouverts comme des yeux
clos comme des tombes,
embaumés de chaleur,
ternes et mornes,
et mon coeur s'alanguit
devant la grandeur de leurs silences.
Prenez-moi, rochers sans amour, dans votre sépulcre
qui vit, déferlant d'une passion plus grande
que toute la luxuriance des oasis.
Prenez-moi, moi qui suis devenu votre pair en nudité,
moi que la vie a assomé dans une mort extatique.
Oh ! prenez-moi, moi qui ne suis qu'un mortel
et voudrais tant partager votre éternité sans âge !
J'ai parcouru cités, jardins et horizons.
J'ai souffert naissances, amours et fin de l'amour.
Laissez-moi reposer en vous, dans la paix de la pierre,
pour que je puisse aussi rêver sans fin,
froid la nuit, brûlant le jour,
des rêves forts et anciens,
fondements de nouvelles terres.