J'ai grand plaisir à vous donner aujourd'hui la traduction de la contribution de Michael Meyer au Rudhyar Tribute, puisqu'il est l'auteur du grand site de référence sur Rudhyar - Khaldea - et qu'il est aussi le légataire avec Leila Rael, de l'oeuvre de Rudhyar.
Dans son texte, il parle de sa rencontre avec Rudhyar en 1968 qui a complètement transformé sa vie. RUDHYAR : AMI, EXEMPLE ET SAGE
La première fois que j'ai rencontré Rudhyar, c'était à San Francisco au cours de l'été 1968. A l'époque j'étais complètement immergé dans l'étude de la Théosophie. Et je sentais de façon certaine que quelque part, d'une manière ou d'une autre, il existait encore une poignée d'hommes et de femmes au travers desquels coulait la puissance vivante de la Théosophie ; qu'ils étaient encore actifs dans le monde, vivant de façon exemplaire la Voie de Transformation, qu'ils travaillaient ensemble et qu'ils étaient "chelas" (disciples spirituels) d'êtres de Sagesse et de Compassion semblables à Bouddha, qui un siècle plus tôt, avaient parrainé la mission d' H.P. Blavastky : "changer l'esprit du 20ème siècle".
Je n'avais pas besoin d'être convaincu que la vie et la réalité ne se réduisaient pas aux apparences et qu'il existait autre chose que ce qu'on m'avait enseigné à l'école. Mais je savais aussi que les enseignements de la Théosophie - spécialement ceux formulés au début du 20ème siècle par ceux qui l'ont popularisée - ne comprenaient pas de "Vérité Absolue", mais plutôt qu'ils étaient constitués d'approximations et de descriptions de la réalité sous forme de mots, de symboles et d'images adressés à des hommes et des femmes de l'époque victorienne.
Je me suis rendu compte, au moment où Blavatsky était à la fin de sa vie, qu'un message nouveau, plus inclusif, ainsi qu'une vision à l'échelle mondiale deviendraient nécessaires, et qu'ils seraient conscientisés et formulés pendant le dernier quart du 20ème siècle. Et dans une sorte d'élan de juvénile, j'ai pris conscience qu'il faisait partie de mon destin d'aller en quête de cette source occulte, de m'investir pour aider à sa formulation et de contribuer au nouveau message qui serait porté dans le siècle suivant, le 21è siècle.
Un an ou deux plus tard, j'ai commencé à me brancher avec ce que les quelques représentants des multiples traditions spirituelles (gourous) connus en Occident à l'époque avaient à offrir, et en 1967 j'avais déjà rencontré quelques soit-disant gourous américains et anglais, dont Alan Watts et Timothy Leary. Et puis en 1968, alors que je cherchais toujours quelqu'un qui soit en relation avec la puissance vivante de la Théosophie, la divine Sagesse de l'Esprit universel, je me suis rendu dans bon nombre de centres théosophiques à New York, dans le Midwest américain et en Californie.
Et le point tournant est arrivé quand j'ai vu un nouveau livre à la Société Théosophique de San Francisco : "Le cycle de la Lunaison" de Dane Rudhyar. Bien qu'à l'époque je ne fus que moyennement intéressé par l'astrologie, j'ai acheté le livre sur une impulsion. Et il ne m'a pas fallu longtemps pour comprendre qu'il avançait une nouvelle approche de l'astrologie très substancielle. Mais ce qui m'a le plus impressionné, c'est que ce livre avait des fondements théosophiques. Non que Rudhyar y cite "La doctrine secrète" de Blavastky ou qu'il y attire l'attention du lecteur sur les bases théosophiques de son approche de l'astrologie. D'ailleurs, il ne le faisait absolument pas. Mais personnellement, j'ai compris tout de suite que la description que Rudhyar faisait du cycle de la lunaison - avec ses deux hémicycles involutif et évolutif et ses 8 phases soli-lunaires - prenait racine dans la vision théosophique du monde. En effet, la présentation de Rudhyar des 7 phases soli-lunaires lumineuse auxquelles s'ajoute la phase sombre de la Nouvelle Lune, suivait de très près la doctrine théosophique dépeignant 7 "globes" de manifestation auxquels s'ajoute une phase de dissolution, c'est-à-dire la "pra-laya" non manifestée.
Quelques jours après avoir lu "Le cycle de la Lunaison", j'ai eu la chance de voir une notice affichée à la Librairie Lewin's de Berkeley. Elle annonçait un débat informel sur le commencement de l'Ere du Verseau entre Gavin Arthur et Rudhyar, qui devait se tenir à la célèbre Glide Memorial Church de San Francisco. J'avais déjà ententu parler de Gavin Arthur, le riche petit-fils d'un Président Américain. Il avait quelque chose d'un grand-père hippie qui avait ouvert les portes de sa maison à une bande de beaux garçons et filles. C'était l'astrologue de la contreculture de San Francisco.
Je suis arrivé très tôt pour suivre le débat, et je me suis assis sur le banc avant gauche. Bientôt, un jeune couple d'à peu près mon âge vint s'asseoir près de moi. Nous avons engagé la conversation et nous avons parlé de nos thèmes respectifs. Très vite, il devint évident que le jeune homme et moi étions jumeaux astrologiques - nés le même jour, la même année et à la même heure, à quelques kilomètres de distance. Mais il y avait quelque chose chez mon jumeau astrologique qui me mettait mal à l'aise. J'étais à l'époque très timide et socialement replié sur moi, mais lui manifestait différemment notre configuration Scorpion-Lion. Il était très sûr de lui, autoritaire, agressif et pas qu'un peu égocentrique. Et puis pour terminer le tableau, il était passionné par Aleister Crowley et se vantait de ses talents pour les cérémoniels magiques et pour l'hypnose ...
Et le débat amical commença à peu près une heure plus tard. Rudhyar y a résumé la presque totalité de ce qui fut publié plus tard dans le livre "Astrological timing - The transition to the New Age". L'audience avait l'air impressionnée par la perspicacité de Rudhyar en matière historique et philosophique. Et pendant que le débat avançait, il devenait clair que Rudhyar ne se contentait pas de convaincre l'auditoire de la validité de sa position, mais aussi, que dans ce premier contact "en masse" avec la contreculture, il gagnait respect et admiration des jeunes et des moins jeunes non-conventionnels qui étaient dans la salle bourrée à craquer.
Mais ce qui était le plus impressionnant, le plus convaincant et le plus inspirant, se passa après le débat, lorsque les deux astrologues répondaient aux questions écrites soumises par l'audience. J'ai demandé à Rudhyar comment l'Ere du Verseau à venir se reliait avec ce que Blavatsky et d'autres théosophes annonçaient comme la venue d'un type d'humanité nouveau et hautement intégré, qui était sensé naître en Californie. Il m'a renvoyé un petit mot pour me dire que ma question était trop spécialisée pour qu'il en discute devant une audience pas forcément initiée à ce genre de recherches, mais que je pouvais très bien venir le voir après la discussion pour en parler avec lui. J'ai relevé la tête et j'ai vu qu'il me regardait avec insistance.
Ce soir-là cependant, Rudhyar avait répondu à des questions comme "Que pouvons-nous faire pour préparer la venue d'un Nouvel Age ?". C'était en réponse à des questions de ce genre-là qu'il avait parlé des composants-clef de sa vision socioculturelle, telle qu'on la retrouva quelques années plus tard dans ses livres "We can begin again - Together" et "Directives for a new life". Avec une force de vie et une puissance que je n'avais jamais rencontrées jusque-là, Rudhyar a parlé des "groupes-semence" comme de lentilles qui donnent une forme existentielle à ce qu'il appelle les "idées-semence" et aussi des nouveaux aspects de l'Homme archétypique. Alors qu'il parlait, sa voix roulait comme un tonnerre dans la salle. Le Son d'un gong énorme semblait résonner à l'unisson au travers de Rudhyar et de mon esprit, de mon être et de ma conscience. L'air et les esprits de l'audience assemblée, vibraient en harmonie avec la puissance spirituelle qui coulait en Rudhyar comme au travers d'une fenêtre grande ouverte. Je me suis rendu compte que je venais de rencontrer un représentant vivant de la Communauté des Prophètes et des Sages.
A la fin de son exposé, un groupe de jeunes gens avides et exaltés entourèrent Rudhyar, lui posant des questions de toutes sortes. Je suis resté à la frange du groupe, trop replié sur moi et trop timide pour parler. Mais je me suis rendu compte que Rudhyar me regardait régulièrement. Puis, après que le groupe se soit réduit à quelques personnes déterminées, Rudhyar fit un commentaire amical sur la question que je lui avais soumise et me demanda si je venais d'une famille de théosophes. Je lui dis que ma mère appartenait à une éminente famille Maçonique et que plus tard j'avais découvert la Théosophie seul, puis appris que mes grands-parents avaient étudié la "Doctrine secrète" de Blavatsky.
Quand les organisateurs du débat nous dirent qu'il fallait partir, parce que les gardiens souhaitaient fermer l'église pour la soirée, Rudhyar suggéra que comme il était encore tôt, le groupe pourrait se réunir dans la maison confortable des amis qui l'acceuillaient, celle de Madame Winslow, qui était au bord de la baie de Berkeley. C'est là qu'il a écouté attentivement toutes nos pensées, toutes nos expériences. Il était sincèrement intéressé par tous les aspects de la contreculture qui était en plein épanouissement à cette époque. Quelqu'un a suggéré qu'il pourrait nous résumer sa biographie. C'est à ce moment-là qu'il a parlé de sa formation théosophique et de la relation très proche qu'il avait entretenu avec le grand "theos-ophist" B.P. Wadia. Puis il nous parla de ses différentes activités créatives et comme il y avait un grand piano dans la maison, il nous joué deux de ses compositions, qui ne ressemblaient à rien de ce que j'avais pu entendre jusque-là. Puis il se lança dans une improvisation, qu'il avait l'habitude, nous dit-il, de jouer pour Martha Graham dans les années 20 et 30. Ce qui impressionna terriblement un étudiant en danse du Mill College.
Je suis reparti deux mois plus tard à New York où je passai trois ans. Cependant, j'ai vu Rudhyar une fois par an, quand il venait à New York pour des lectures ou des séminaires. Pendant ces années, nous avons correspondu un peu et j'ai lu tous ses livres. Je me rappelle précisément avoir attendu avec impatience la sortie de "Vers une conscience planétaire" que Rudhyar m'avait annoncée dans une de ses lettres, et qui devait traiter d'une façon nouvelle de la théosophie et de la métaphysique. J'ai lu ce livre difficile d'un bout à l'autre au moins deux ou trois fois entre 1970 et 1971, et j'ai compris qu'il y avait enfin une reformulation moderne de la Théosophie.
Ce n'est que lorsque je retournai en Californie au cours de l'été 1971 que nous sommes devenus amis proches. J'avais envoyé à Rudhyar quelques extraits du travail que j'avais commencé et qui allait devenir mon livre "A Handbook for the Humanistic Astrologer", qui l'intéressait grandement parce qu'il permettrait à la nouvelle vague d'étudiants en astrologie d'en apprendre les premiers principes sans être exposés ni conditionnés par les livres d'astrologie traditionnelle qu'on trouvait à l'époque, qui étaient uniquement centrés sur l'évènementiel et qui avaient été écrits des dizaines d'années avant. Rudhyar passa la fin de l'été dans la maison de Jose et Mariam Arguelles à Palo Alto, où ils l'avaient invité. C'est là que nous avons eu notre premier long entretien privé. Je suis arrivé très tôt dans l'après-midi et il ne m'a pas laissé partir avant le soir. Je me souviens que très gentiment et en m'encourageant, il m'a posé des questions en touts genres. Il semblait intensément intéressé d'apprendre tout sur ma formation et sur ce que je pensais de toutes sortes de choses. Une de ses remarques favorites envers moi, et que j'entendrai des douzaines de fois au cours des années suivantes, était : "Tu es médium !".
Cet après-midi-là, nous avons beaucoup parlé du Mouvement Théosophique et de son engagement dans ce mouvement, nous avons parlé aussi des changements fantastiques et prometteurs sur le plan social et mental qui se répandaient aux USA et dans l'Europe occidentale et comment nos travaux et nos vies à tous les deux y trouvaient place. Puis, il m'a parlé de ses deux "parents spirituels" - B.P. Wadia, le grand théosophe, et Aryel Darma, une théosophe hollandaise qui venait de Java - il les avait rencontrés en 1920 à Krona, le centre théosophique d'Hollywood. Puis il vint dans la conversation que l' Institut Esalen lui avait demandé de faire un séminaire en Septembre à Berkeley dont le sujet serait "Un nouveau regard sur la "Doctrine Secrète" de Blavatsky". Il me dit que j'y serai son invité. Puis après avoir dit combien la tâche lui semblait difficile et qu'on ne pouvait pas savoir comment les intellectuels recevraient (ou interprèteraient mal) les idées et les concepts théosophiques, il en vint à résumer son approche général du sujet.
Tout au long de cette rencontre, je me suis de plus en plus rendu compte du fait que depuis que j'avais rencontré Rydhyar pour la première fois en 1968, j'avais ressenti à quel point nos deux destins étaient liés, d'une façon ou d'une autre ; et au cours des dizaines d'années qui se sont écoulées depuis, j'ai souvent ressenti que nos anciens échanges venaient s'imprimer sur la réalité du moment. Puis vers la fin de notre entretien, je lui ai parlé de quelque chose qui me trottait dans la tête depuis longtemps. J'ai mentionné à Rudhyar qu'il était aisé de reconnaître son immense contribution à l'astrologie parce qu'il y restaurait la notion de cyclicité, à cause aussi de sa formulation de l'humanisme, et de son approche centrée sur la personne, etc ... Mais pourquoi, lui demandai-je, avait-il passé tant de temps et mis tant d'énergie sur l'astrologie, alors qu'il aurait pu faire beaucoup plus en tant que guide et enseignant spirituel. Je voulais savoir "pourquoi être astrologue, alors qu'il aurait pu être un grand "gourou" ?" Je suppose que cette question ressemblait à celle que posait Marie d'Algout à Franz Liszt "pourquoi jouer si bien du piano"... Pourquoi était-ce si important pour Rudhyar, alors qu'il aurait pu être un grand artiste et un philosophe iinfluent.
En réponse, Rudhyar m'a parlé des grandes difficultés et des obstacles qu'il avait rencontrés au cours de ses jeunes années. Il m'a raconté comment les opportunités (sans doute trop nombreuses) que se sont présentées à lui plus tard dans le monde astrologique, et puis il a aussi fait allusion aux tentatives avortées par lesquelles il était passé parce qu'il n'était pas encore prêt. Mais il m'a confié aussi qu'avec l'approche du dernier quart du 20ème siècle, peut-être qu'il serait possible de faire plus. Et puis, me dit-il avec une voix tout à coup haut perchée : Esalen m'a déjà demandé de parler de la "Doctrine Secrète".... Avant que je parte, il m'a gracieusement proposé des copies de certains de ses anciens articles (comme : "A call to Occultists and Théosophists") qu'il avait apportés avec lui pour son séminaire sur la "Doctrine Secrète". C'est de ce moment-semence qu'ont "poussé" le livres "Préparations spirituelles pour un nouvel âge" et d'autres livres écrits après 1975, dont Rudhyar et moi avons longuement discuté entre 1973 et 1974. Et c'est dans ces livres (aussi bien que dans un livre précédant "Vers une conscience planétaire") qu'il me semble que Rudhyar a apporté sa contribution la plus éclatante, bien que restée méconnue du plus grand nombre.
Il m'est presque impossible de dire à quel point Rudhyar a "influencé" ma vie. Je ne peux même pas imaginer comment ce serait si il n'y avait pas eu de Rudhyar. Mais ce que je peux dire, ce qui s'il n'avait pas été là, peut-être que bientôt, ou plus tard, il y aurait eu quelqu'un pour remplir ce besoin, même de façon différente de celle de Rudhyar, quelqu'un qui aurait donné un futur à l'astrologie et à la théosophie. Un jour j'ai entendu Rudhyar dire qu'il avait été "aurorisé à vivre". Et effectivement, c'est sa santé fragile qui lui a sauvé la vie, parce que par exemple, à cause d'elle, il a été exempté de service militaire pendant la première guerre mondiale, alors que le régiment auquel il aurait été affecté était celui qui a disparu pendant la retraite de la bataille de la Marne.
Il semble que ce qui est nécessaire et qui survit, si quelqu'un est vraiment ouvert à la descente de la lumière et du pouvoir transpersonnels et transcendants, sera reçu, d'une façon ou d'une autre par cette personne, comme étant l'aide et la protection dont elle a besoin pour accomplir son dharma.
Maintenant, c'est à nous de survivre et de donner une forme existentielle et un sens au nouvel aspect opératif de la divine Sagesse et de l'archétype Anthropos, c'est maintenant qu'il faut chercher notre réalisation au travers d'une nouvelle et véritable humanité PLANÉTAIRE.