Le 24 août dernier, l’UAI (Union Astronomique Internationale), réunie à Prague, a proposé une nouvelle définition à la notion de planète, après un an de délibérations et de recherches en symposiums entre astronomes dans le monde entier. Cette réflexion est née de la découverte, par l’équipe du Dr Brown - découvreur entre autres de Sedna il y a deux ans - de 2003UB313 l’année dernière, dans la ceinture de Kuiper, aux côtés de Pluton. Tant d’ « objets » tout à coup, nécessitaient bien sûr un nouveau type de réflexion par rapport au système solaire et à son fonctionnement, à son "agencement".
Je me propose de vous traduire aujourd’hui le texte que le Dr Brown a entré dans son site http://www.gps.caltech.edu/~mbrown/eightplanets/ à la suite de cette décision, texte dans lequel il donne son sentiment sur le fait que la jusque-là 9ème planète du système solaire, Pluton, venait de perdre son statut de planète, pour entrer dans un autre « club », celui des planètes « naines », celles qui ne répondent pas au troisième des critères qui définissent maintenant la notion de planète.
LES HUIT PLANETES
Le 24 août 2006 il a été donné au mot planète sa première définition scientifique, par un vote de l’Union Astronomique Internationale. Quelques cartons jaunes levés au sein de cette assemblée, ont enlevé à Pluton son statut de planète et l’ont rétrogradée au statut de "planète naine". L’objet 2003UB313, qu’on appelle parfois Xena, parfois la 10ème planète, mais qui n'a pas encore reçu de nom officiel par l'UAI, et qui a d’ailleurs précipité le débat final, devient la plus grande des planètes naines. A moins que les astronomes reprennent le débat à un moment donné dans le futur, il y n’y a plus aucune chance pour qu’il y ait maintenant plus de 8 planètes dans le système solaire.
Quel est le problème des 9 (avec Pluton) ou 10 planètes (avec 2003UB313) ?
Pluton et 2003UB313 sont significativement plus petites que les autres planètes. Si vous aviez à classifier les objets évoluant dans le système solaire, sans aucune idée préconçue, avec un regard complètement neuf sur le sujet et les catégories dont il est fait, vous ne pourriez arriver qu’à une seule conclusion : les planètes géantes – Jupiter, Saturne, Uranus et Neptune – appartiennent à une catégorie, celle des planètes essentielles ; les quatre planètes terrestres - Mercure, Vénus, la Terre et Mars – appartiennent à une autre catégorie, et ainsi de suite pour tous les autres objets, que l’on peut classer chaque fois dans une catégorie différente. Par exemple, vous ne mettriez certainement pas Cérès, le plus gros des astéroïdes, dans la catégorie des planètes, vous le mettriez avec les autres astéroïdes. De même, vous ne regrouperiez pas certainement tous les objets qui gravitent au-delà de Neptune dans une autre classification que celle des objets gravitant dans la ceinture de Kuiper. Les neuf (ou dix) « planètes » que l’on comptait précédemment, appartenaient à des groupes différents, celui des planètes géantes, celui des planètes terrestres ainsi que celui des objets de la ceinture de Kuiper, pour ne prendre que deux des plus gros objets qui y gravitent. Et il est donc vrai qu’utiliser le terme de planète dans ce cas n’a strictement aucun sens, scientifiquement parlant.
Deux solutions pour régler le problème de Pluton et de 2003UB313 :
- Ne faire l’impasse d’aucun petit morceau de glace
Les astronomes ont deux options pour définir une planète. La première étant de conserver l’idée que ce qui fait qu’une planète est une planète, c’est qu’elle est grande, ronde, et en orbite autour d’une étoile. D’ignorer tout ce qu’on peut savoir d’autre et de se concentrer uniquement là-dessus.
. Pourquoi ronde ? Parce que si on place un bloc de pierre dans l’espace, a priori, il va rester comme il est, aussi irrégulière que soit sa forme. Si quelques autres morceaux de pierre viennent s'y ajouter, sa forme restera toujours irrégulière ; mais si beaucoup d’autres morceaux de pierre viennent s'y ajouter, au bout d’un moment, à force de tourner autour d’une étoile, sa forme s’arrondira. Et la transition d’objet à forme irrégulière à un objet à forme ronde est très importante dans le système solaire : c’est grâce à elle que l’on peut dire si un objet a vécu, ou non, des processus géologiques et planétaires significatifs (il y a bien sûr beaucoup d’autres transitions d’importance égale à prendre en compte, mais elles ont apparemment été mises de côté par les personnes qui viennent de redéfinir la notion de planète … ce qui n'est pas très grave parce que les seuls paramètres pris en compte suffisent à poser une définition).
. Bien entendu, pour ne parler QUE de ce qu’est un objet planétaire, et se concentrer uniquement sur lui, il faut aussi mettre de côté le fait qu’il puisse tourner autour d’un autre objet planétaire, tout simplement parce qu’on ne peut pas considérer qu’une boule de glace de 400kms, même si elle a une géologique intéressante, puisse entrer dans la même catégorie qu’une autre boule de glace de 5000kms comme Titan par exemple, qui a une atmosphère massive, des lacs de méthane, qui orbite autour d’une planète, quel que soit le nom qu’on lui donne, satellite ou autre. Pour la plupart des gens, dire d’un satellite, même s’il est rond comme notre Lune, que c’est une planète, c’est violer la notion de planète.
. L’autre difficulté, c’est qu’avec ce type de définition basé sur le fait qu’un objet doit être rond pour qu’on l’appelle une planète, on peut se retrouver du jour au lendemain avec 50 planètes dans le système solaire, et pourquoi pas des centaines dans un futur proche, au fur et à mesure des découvertes des astronomes. Un tel changement du nombre de planètes est un enjeu quasiment ingérable si on souhaite donner une vraie définition au mot planète. Il y a aussi qu’on pourrait ensuite dire qu’un objet n’aurait même pas besoin d’être rond pour être nommé planète, et puis de toutes façons la plupart des astronomes ne pourraient même plus se mettre d’accord pour savoir quels paramètres de transition utiliser pour dire que ceci est un caillou, tandis que cela est une planète …
C’est donc pourquoi une redéfinition « radicale » de la notion de planète vient d’être proposée par l’UAI, tout en rencontrant d’énormes oppositions. En tout cas, le résultat c’est déjà qu’on ne définira pas une planète en se basant sur le seul critère que ce serait un objet rond du système solaire.
- Prendre les circonstances en compte
L’autre définition scientifique qui a du sens, c’est celle qui reconnaît que tout système de classification doit intégrer la notion de « circonstances ». En l’occurrence : où se trouve l’objet, quels sont les autres objets qui orbitent dans le même secteur, même si ces objets sont des satellites. Dans ce cas les 8 planètes actuellement retenues entrent dans une catégorie qui leur est propre : elles sont des masses dominantes dans leur secteur de l’espace, elles ont nettoyé leur voisinage de toute autre masse significative, et elles ont intégré dans leur propre masse tout ce qui pouvait se situer autour d’elles sur leur orbite. Il se trouve par ailleurs que ce genre de définition ne serait pas valable pour d’autres systèmes plus jeunes, par contre pour le système solaire, elle l’est, parce que depuis le temps qu’il existe, les gros objets - ou planètes - ont largement eu le temps d’y intégrer tout ce qui se trouvait sur leur route.
Un des meilleurs moyens d’envisager cette définition, c’est de prendre en compte différentes régions de l’espace. La ceinture d’astéroïdes, par exemple, est une collection de petits corps rocheux située entre Mars et Jupiter et qui a plusieurs millions de membres. Le plus grand de ces astéroïdes, Cérès, n’a pas de masse assez forte pour commencer à assimiler d’autres astéroïdes, ni même pour les repousser hors du système solaire. En fait, il n’y a pas de masse dominante dans la ceinture d’astéroïdes. Et on pourrait dire la même chose de Pluton et de 2003UB313 (qui ont sensiblement la même taille) dans la ceinture de Kuiper, qui compte elle aussi des millions d’objets. Leur taille ne les rend pas dominants dans leur secteur, parce que leur masse n'attire pas d'autres objets à elles.
Par contre, les 8 planètes retenues par l’UAI passent le test de cette définition avec aisance, elles ont toutes intégré à leur masse tout ce qui se trouvait dans leur voisinage, elles sont les corps dominants de leur propre région de l’espace.
C’est donc cette vision des choses qui a été adoptée par l'UAI. Sans doute aussi à cause du processus assez chaotique qui a eu lieu entre astronomes, avant qu’ils n’arrivent à prendre leur décision, cette définition n’est pas aussi aboutie qu’elle pourrait l’être, parce qu’elle laisse encore place à la discussion sur tel ou tel point. Ce qu’il faut retenir, cependant, c’est que la différence qui existe entre les 8 planètes retenues et le reste des objets gravitant dans le système solaire est tellement énorme, que toute autre définition, peut-être plus détaillée, n’y changerait pas grand chose. Si par exemple vous tracez une ligne au milieu de l’Atlantique pour marquer la différence entre l’Amérique du Nord et l’Europe, vous faites le truc le plus imprécis possible en matière de définition. Ce que je veux dire c’est que même si la définition que vient de donner l’UAI est effectivement discutable, par contre le « concept » qu’elle recouvre est lui solide comme le roc, et il ne laisse place à aucun doute sur les objets qui appartiennent à la catégorie « planète » et sur tous les autres …
Crédit de l'image (en date du 28 août 2006) : Nasa
Je me propose de vous traduire aujourd’hui le texte que le Dr Brown a entré dans son site http://www.gps.caltech.edu/~mbrown/eightplanets/ à la suite de cette décision, texte dans lequel il donne son sentiment sur le fait que la jusque-là 9ème planète du système solaire, Pluton, venait de perdre son statut de planète, pour entrer dans un autre « club », celui des planètes « naines », celles qui ne répondent pas au troisième des critères qui définissent maintenant la notion de planète.
LES HUIT PLANETES
Le 24 août 2006 il a été donné au mot planète sa première définition scientifique, par un vote de l’Union Astronomique Internationale. Quelques cartons jaunes levés au sein de cette assemblée, ont enlevé à Pluton son statut de planète et l’ont rétrogradée au statut de "planète naine". L’objet 2003UB313, qu’on appelle parfois Xena, parfois la 10ème planète, mais qui n'a pas encore reçu de nom officiel par l'UAI, et qui a d’ailleurs précipité le débat final, devient la plus grande des planètes naines. A moins que les astronomes reprennent le débat à un moment donné dans le futur, il y n’y a plus aucune chance pour qu’il y ait maintenant plus de 8 planètes dans le système solaire.
Quel est le problème des 9 (avec Pluton) ou 10 planètes (avec 2003UB313) ?
Pluton et 2003UB313 sont significativement plus petites que les autres planètes. Si vous aviez à classifier les objets évoluant dans le système solaire, sans aucune idée préconçue, avec un regard complètement neuf sur le sujet et les catégories dont il est fait, vous ne pourriez arriver qu’à une seule conclusion : les planètes géantes – Jupiter, Saturne, Uranus et Neptune – appartiennent à une catégorie, celle des planètes essentielles ; les quatre planètes terrestres - Mercure, Vénus, la Terre et Mars – appartiennent à une autre catégorie, et ainsi de suite pour tous les autres objets, que l’on peut classer chaque fois dans une catégorie différente. Par exemple, vous ne mettriez certainement pas Cérès, le plus gros des astéroïdes, dans la catégorie des planètes, vous le mettriez avec les autres astéroïdes. De même, vous ne regrouperiez pas certainement tous les objets qui gravitent au-delà de Neptune dans une autre classification que celle des objets gravitant dans la ceinture de Kuiper. Les neuf (ou dix) « planètes » que l’on comptait précédemment, appartenaient à des groupes différents, celui des planètes géantes, celui des planètes terrestres ainsi que celui des objets de la ceinture de Kuiper, pour ne prendre que deux des plus gros objets qui y gravitent. Et il est donc vrai qu’utiliser le terme de planète dans ce cas n’a strictement aucun sens, scientifiquement parlant.
Deux solutions pour régler le problème de Pluton et de 2003UB313 :
- Ne faire l’impasse d’aucun petit morceau de glace
Les astronomes ont deux options pour définir une planète. La première étant de conserver l’idée que ce qui fait qu’une planète est une planète, c’est qu’elle est grande, ronde, et en orbite autour d’une étoile. D’ignorer tout ce qu’on peut savoir d’autre et de se concentrer uniquement là-dessus.
. Pourquoi ronde ? Parce que si on place un bloc de pierre dans l’espace, a priori, il va rester comme il est, aussi irrégulière que soit sa forme. Si quelques autres morceaux de pierre viennent s'y ajouter, sa forme restera toujours irrégulière ; mais si beaucoup d’autres morceaux de pierre viennent s'y ajouter, au bout d’un moment, à force de tourner autour d’une étoile, sa forme s’arrondira. Et la transition d’objet à forme irrégulière à un objet à forme ronde est très importante dans le système solaire : c’est grâce à elle que l’on peut dire si un objet a vécu, ou non, des processus géologiques et planétaires significatifs (il y a bien sûr beaucoup d’autres transitions d’importance égale à prendre en compte, mais elles ont apparemment été mises de côté par les personnes qui viennent de redéfinir la notion de planète … ce qui n'est pas très grave parce que les seuls paramètres pris en compte suffisent à poser une définition).
. Bien entendu, pour ne parler QUE de ce qu’est un objet planétaire, et se concentrer uniquement sur lui, il faut aussi mettre de côté le fait qu’il puisse tourner autour d’un autre objet planétaire, tout simplement parce qu’on ne peut pas considérer qu’une boule de glace de 400kms, même si elle a une géologique intéressante, puisse entrer dans la même catégorie qu’une autre boule de glace de 5000kms comme Titan par exemple, qui a une atmosphère massive, des lacs de méthane, qui orbite autour d’une planète, quel que soit le nom qu’on lui donne, satellite ou autre. Pour la plupart des gens, dire d’un satellite, même s’il est rond comme notre Lune, que c’est une planète, c’est violer la notion de planète.
. L’autre difficulté, c’est qu’avec ce type de définition basé sur le fait qu’un objet doit être rond pour qu’on l’appelle une planète, on peut se retrouver du jour au lendemain avec 50 planètes dans le système solaire, et pourquoi pas des centaines dans un futur proche, au fur et à mesure des découvertes des astronomes. Un tel changement du nombre de planètes est un enjeu quasiment ingérable si on souhaite donner une vraie définition au mot planète. Il y a aussi qu’on pourrait ensuite dire qu’un objet n’aurait même pas besoin d’être rond pour être nommé planète, et puis de toutes façons la plupart des astronomes ne pourraient même plus se mettre d’accord pour savoir quels paramètres de transition utiliser pour dire que ceci est un caillou, tandis que cela est une planète …
C’est donc pourquoi une redéfinition « radicale » de la notion de planète vient d’être proposée par l’UAI, tout en rencontrant d’énormes oppositions. En tout cas, le résultat c’est déjà qu’on ne définira pas une planète en se basant sur le seul critère que ce serait un objet rond du système solaire.
- Prendre les circonstances en compte
L’autre définition scientifique qui a du sens, c’est celle qui reconnaît que tout système de classification doit intégrer la notion de « circonstances ». En l’occurrence : où se trouve l’objet, quels sont les autres objets qui orbitent dans le même secteur, même si ces objets sont des satellites. Dans ce cas les 8 planètes actuellement retenues entrent dans une catégorie qui leur est propre : elles sont des masses dominantes dans leur secteur de l’espace, elles ont nettoyé leur voisinage de toute autre masse significative, et elles ont intégré dans leur propre masse tout ce qui pouvait se situer autour d’elles sur leur orbite. Il se trouve par ailleurs que ce genre de définition ne serait pas valable pour d’autres systèmes plus jeunes, par contre pour le système solaire, elle l’est, parce que depuis le temps qu’il existe, les gros objets - ou planètes - ont largement eu le temps d’y intégrer tout ce qui se trouvait sur leur route.
Un des meilleurs moyens d’envisager cette définition, c’est de prendre en compte différentes régions de l’espace. La ceinture d’astéroïdes, par exemple, est une collection de petits corps rocheux située entre Mars et Jupiter et qui a plusieurs millions de membres. Le plus grand de ces astéroïdes, Cérès, n’a pas de masse assez forte pour commencer à assimiler d’autres astéroïdes, ni même pour les repousser hors du système solaire. En fait, il n’y a pas de masse dominante dans la ceinture d’astéroïdes. Et on pourrait dire la même chose de Pluton et de 2003UB313 (qui ont sensiblement la même taille) dans la ceinture de Kuiper, qui compte elle aussi des millions d’objets. Leur taille ne les rend pas dominants dans leur secteur, parce que leur masse n'attire pas d'autres objets à elles.
Par contre, les 8 planètes retenues par l’UAI passent le test de cette définition avec aisance, elles ont toutes intégré à leur masse tout ce qui se trouvait dans leur voisinage, elles sont les corps dominants de leur propre région de l’espace.
C’est donc cette vision des choses qui a été adoptée par l'UAI. Sans doute aussi à cause du processus assez chaotique qui a eu lieu entre astronomes, avant qu’ils n’arrivent à prendre leur décision, cette définition n’est pas aussi aboutie qu’elle pourrait l’être, parce qu’elle laisse encore place à la discussion sur tel ou tel point. Ce qu’il faut retenir, cependant, c’est que la différence qui existe entre les 8 planètes retenues et le reste des objets gravitant dans le système solaire est tellement énorme, que toute autre définition, peut-être plus détaillée, n’y changerait pas grand chose. Si par exemple vous tracez une ligne au milieu de l’Atlantique pour marquer la différence entre l’Amérique du Nord et l’Europe, vous faites le truc le plus imprécis possible en matière de définition. Ce que je veux dire c’est que même si la définition que vient de donner l’UAI est effectivement discutable, par contre le « concept » qu’elle recouvre est lui solide comme le roc, et il ne laisse place à aucun doute sur les objets qui appartiennent à la catégorie « planète » et sur tous les autres …
Crédit de l'image (en date du 28 août 2006) : Nasa
Par Adele
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