Candy HILLENBRAND est australienne. Elle est astrologue, praticienne des essences de fleurs (fleurs de Bach), écrivain spécialisée dans le développement personnel. Elle a un diplôme de sciences sociales et un autre d’astrologie, remis par la FAA (Fédération des Astrologues Australiens) qui l’a primée en 1997. Elle est aussi l’éditeur de « The Wholistic Astrologer » une publication trimestrielle internationale et webmaster de deux sites :
www.aplaceinspace.net et de www.thewholisticastrologer.com
Dans A place in space, se trouve - forcément quand on publie un magazine tel que « The wholistic astrologer » !!!! - toute une section sur Rudhyar, qui renvoie au Rudhyar Tribute en particulier, mais aussi à tout ce qui a été publié sur le net sur Rudhyar. Candy Hillenbrand est l’auteur d’un de ces articles et elle m’a donné l’autorisation de le traduire pour Rudhyar-Ipsétié. Alors le voici.
L’HÉRITAGE DE DANE RUDHYAR (1895-1985)
Vers une astrologie qui ait du sens et une finalité
"Le but essentiel de l’astrologie n’est pas tant de décoder les évènements que nous allons rencontrer sur notre route, mais comment nous allons les rencontrer – et quelles sont les raisons de base de cette rencontre. Quelle qualité en nous, quel type d’énergie sera requis pour traverser une des phases de notre développement en tant que personne individuelle." (Dane Rudhyar in "Person Centered Astrology")
J’ai eu la chance immense d’avoir un premier professeur d’astrologie, au début des années 80, qui m’a orientée directement sur le travail de Rudhyar. Juste avant mon initiation au monde de l’astrologie, j'avais vécu l’expérience de la mort violente et soudaine d’un proche. Comme ça arrive souvent en tel cas, cette disparition m’a précipitée dans un processus de recherche. J’ai cherché des réponses dans les bonnes vieilles questions qui entourent les mystères de la vie, de la mort, de l’accidentel, de la fatalité. Je recherchais de la compréhension, mais par-dessus tout, quelque chose qui ait du sens et un but vers lequel je pourrais me tourner.
L’astrologie de Rudhyar répondait en grande partie à cet appel. C’était un outil qui aidait non seulement à mettre de l’ordre dans un chaos apparemment hasardeux, mais aussi une philosophie qui plaçait l’astrologie dans un contexte plus large que celui de techniques pures, des recettes de cuisine ou des mots-clef, de l’empirisme ou des découvertes anecdotiques. C’est une astrologie qui embrassait la psychologie jungienne, l’Histoire, la philosophie, la sagesse Orientale, la Théosophie, le Holisme et plus encore. Dès le début, j’ai été à la fois impressionnée et inspirée par l’approche immensément synthétique et spirituelle de l’astrologie par Rudhyar. En comparaison avec ceux de Rudhyar, les livres d’astrologie que je dévorais littéralement offraient relativement peu de soutien, de nourriture ou même d’inspiration. De plus, plus je le lisais, et plus je comprenais que son travail évoluait dans le temps, sa pensée ne restait pas en place, elle se développait, elle changeait, elle s’adaptait et s’étendait au cours des 50 années pendant lesquelles il avait écrit au moins un millier d’articles, des douzaines de brochures et de livres d’astrologie.
Il importe de noter que Rudhyar était bien plus qu’un simple astrologue. Il était aussi un compositeur acclamé et reconnu, un poète, un artiste et un philosophe visionnaire. Tout ce que je peux faire dans ce court article, c’est d'effleurer à peine la surface du corps immense de son œuvre, qu’il faut vraiment lire et expérimenter pour savoir ce dont il s’agit réellement. D’ailleurs, tandis que j’avançai dans la lecture de son œuvre, je me rendis compte aussi que très peu de jeunes astrologues connaissaient Rudhyar, que dans les écoles où on enseignait l’astrologie, on le mentionnait à peine, et qu’on ne lui rendait même pas grâce pour les innovations qu’il avait apporté à notre art, parce qu'on les tenait bêtement pour acquises, alors que ... : un grand nombre de livres qui avaient carrément puisé dans ses idées ne le mentionnaient même pas, ne serait-ce que dans leurs bibliographies ou dans leurs notes en bas de page. Parallèlement, dans les discussions que je pouvais avoir sur Internet dans les divers forums où je m’exprimais, on ignorait totalement sa contribution au champ de l’astrologie. Et un de ses étudiants que j’ai eu l’heur de rencontrer, m’a même confié qu’il craignait que son œuvre ne disparaisse avec lui. En fait, il était conditionné en cela parce que Rudhyar lui-même se plaignait de son vivant, du fait que son œuvre n’était pas comprise, et le pire, surtout par ceux qui l’étudiaient le plus assidûment.
Aujourd’hui, 13 ans après sa mort (ndlt : cet article de Candy Hillenbrand a donc été écrit en 1998) il y a ceux qui disent que ses livres sont trop difficiles à lire, trop obscurs, impénétrables (ndlt : en 2006 on continue à le dire tout autant ! rien n'a vraiment changé à ce niveau-là ...). Il est vrai que certains de ses livres n’ont pas d’index pour expliquer le sens des « mots » de sa philosophie et que ça en complique la lecture. Mais il y a aussi que ce sont des œuvres philosophiques que l’on doit lire avec attention, en prenant vraiment le temps de la réflexion, que ce ne sont pas des « manuels » d’astrologie tels qu’on pourrait les lire à toute vitesse, et puis il y a aussi que peut-être que la vie contemporaine ne nous donne plus le luxe d’une telle approche …
Certes, il faut du temps pour approcher Rudhyar, mais on peut aussi (sans trop le trahir) parler de sa pensée très simplement : l’univers est un système fait de Touts qui s’interpénètrent les uns les autres : nous, individus humains, notre planète, la galaxie, sont autant de Touts qui se trouvent à l’intérieur de Touts plus grands. Nous sommes tous venus au monde avec quelque chose à accomplir au sein de ces Touts, quelque chose qui répond au besoin fondamental de ces Touts. Et l’astrologie nous permet de comprendre comment nous pouvons nous accorder à ce qui nous revient d’accomplir individuellement, comment nous pouvons devenir des personnalités mieux intégrées, comment actualiser dans le temps notre potentiel inné, ce potentiel se trouvant au moment de notre naissance contenu dans une graine, de même qu’un gland contient déjà tout un chêne en lui. Au bout de tout ça il y a la connexion avec le plus grand Tout, la « consécration » de notre humanité étant de servir le Tout qu’elle représente : l’Humanité.
Rudhyar n’a pas seulement formulé un nouveau « paradigme » pour l’astrologie, il l’a aussi popularisée dans les années 30, en écrivant de nombreux articles dans « American Astrology ». On dit que c’est lui qui a écrit les premiers Horoscopes signe par signe dans les journaux - ça reste à prouver, en tout cas c’est lui qui a restauré la notion de cycle en astrologie, popularisé et développé l’utilisation des Symboles Sabian et du Cycle de la Lunaison, il est le « grand-père » de l’Astrologie Humaniste et on lui doit complètement la notion de « transpersonnel ». Pas étonnant qu’un tel pionnier ait le Soleil dans les premiers degrés du Signe du Bélier ...
Comment les choses ont commencé
Daniel Chenevières est né le 23 mars 1895 à Paris à 0h42 – heure légale (voir son thème dans la colonne de gauche, rubrique Cieux). Enfant, il était de santé très fragile, et il l’est resté tout au long de sa vie. A 12 ans, il a subi une opération chirurgicale difficile : l’ablation d’un rein et de la glande surrénale. Son mental se développe à partir de ce moment-là. Il obtient le Baccalauréat Philosophie à 16 ans à la Sorbonne. Il étudie Nietzsche tout particulièrement et fréquente les milieux artistiques parisiens. C’est à cette époque qu’il perd son père et qu’il vit sa première expérience mystique de réalisation, qui lui révèle la nature cyclique de toute existence, ainsi que le fait que la civilisation Occidentale vit la conclusion de la phase automnale de son propre cycle. Plus tard, il dira qu’il a "semé" à ce moment-là, en termes de compréhension, quelque chose de plus clair au niveau de la nature cyclique et de la signification de l’existence humaine. Leyla Rudhyar-Hill, qui fut la femme de Rudhyar pendant les 4 dernières années de sa vie, a écrit qu’il croyait que toute personne vivant la phase automnale d’un cycle doit faire face à ce choix : s’identifier soit à l’humus fait des feuilles qui tombent des arbres à cette saison, soit aux graines qui viennent s’y planter pour renaître au printemps suivant.
Daniel Chenevières choisit « en conscience » l’état d’homme-semence en 1916, à l’âge de 21 ans. Il quitte la France pour le « Nouveau Monde », l’Amérique. Ce faisant, il ne laisse pas seulement derrière lui sa famille, son pays, sa culture d’origine, mais aussi son nom : c’est à ce moment-là qu’il devient Dane Rudhyar. Il lui fallait aller jusqu’à changer de nom pour pouvoir agir véritablement en tant qu’homme-semence, dans le plein sens du terme. A son sens, se déconditionner du passé en est l’étape primordiale. Ce n’est qu’ainsi qu’un homme peut s’ouvrir à une réelle « mutation ». Son changement de nom reflète sa croyance en la nécessité d’une transformation fondamentale de notre civilisation, il reflète aussi son idéal. Le nom « Rudhyar » est dérivé du Sanskrit « Rudra » : action dynamique et pouvoir électrique qui se libère au cours des orages. Dans les écrits Védiques, le Dieu Rudra est représenté comme le Destructeur et le Régénérateur, « l’énergie qui transforme, qui casse les vieux moules, le pouvoir de la volonté et de la force vitale ». Rudhyar croyait qu’il avait un rôle à jouer dans la transformation globale dont il voyait clairement la nécessité à cause de la conscience qui lui était venue de la phase du cycle dans laquelle se trouvait toute la civilisation Occidentale. La graine incrustée dans son œuvre astrologique est un appel aux individus ayant une vision humaniste et holistique du monde, à servir de fondation à une société globale.
L’approche humaniste de l’Astrologie
En termes astrologiques, le développement de l’idéal de Rudhyar commença à émerger dans le livre séminal « L’Astrologie de la Personnalité » publié en 1936. Dans ce livre il se lançait dans une réinterprétation de l’astrologie traditionnelle, au sens où pour lui, l’astrologie est une philosophie vivante et pratique d’accomplissement et d’intégration psychologique. Il est un des premiers astrologues à envisager qu’il n’y a ni « bon » ni « mauvais » aspect ou position planétaire, et que ce sont les « crises » que nous traversons qui nous offrent les meilleures opportunités de croissance. Ces notions furent considérées comme très radicales en leur temps. La philosophie de ce livre était étayée de connaissances théosophiques, psychologiques et philosophiques variées. Sa philosophie holistique s’abreuvait à la source de la philosophie du Holisme et de l’Evolution de Jan Smuts ; sa cosmologie à celle de la « Doctrine Secrète » d’H.P. Blavatsky ; et son approche psychologique des profondeurs s’abreuve à l’œuvre de Carl G. Jung qui venait tout juste d’être traduite en anglais à l'époque. Les cours d’astrologie ronéotypés de Marc Edmund Jones éveillaient en lui de nouvelles possibilités pour l’astrologie, alors que la physique émergeante d’Einstein faisait jaillir en lui l’idée qu’il était possible d’intégrer astrologie et psychologie des profondeurs, comme ça se faisait pour la philosophie et la physique atomique, grâce aux prémisces de l’approche holistique qui se généralisait dans tous les domaines. Quand on pense que ce livre a été écrit au début des années 30, on ne peut qu’admirer le travail d’intégration des nombreuses disciplines qu’il représente, ainsi que la tentative de reformulation de l’astrologie à laquelle Rudhyar se livre. C’est tellement remarquable qu’il suffit de le lire pour s’en rendre compte … Et il n’était qu’aux touts débuts de l’élaboration de son œuvre à ce moment-là. Il appelait son approche de l’astrologie « Astrologie Harmonique », et il utilisa ce terme assez longtemps avant de le transformer en Humaniste. Et tandis qu’Harmonique devenait Humaniste, « Astrologie de la Personnalité » devint « Person Centered Astrology » c’est-à-dire « Astrologie centrée sur la personne », ceci pour correspondre aux évolutions de la pensée en matière de psychologie, car entre temps, elle était devenue Psychologie Humaniste. Le terme « centré sur la personne » fut emprunté au psychologue Carl Rogers, lorsqu’il écrivit « Client-Centered Therapy » (thérapie centrée sur le patient). Ce livre apportait une évolution essentielle à la psychologie comportementale et freudienne, parce qu'il mettait le patient au centre de la relation thérapeute/patient. Cette évolution impliquait que c’est le patient qui a les réponses à ses propres problèmes, et non le thérapeute. Appliqué à l’astrologie, ce concept exprime que l’astrologue n’a pas - comme le fait l’astrologie traditionnelle depuis des temps immémoriaux - à prendre le pouvoir sur le consultant en lui faisant de la prédiction, en lui disant qu’il va lui arriver quelque chose parce qu’il est « manipulé » par des forces qui sont en dehors de son contrôle. Rudhyar dit à l’individu lorsqu’il le place au centre de la consultation, qu’il est créatif, qu’il a son propre libre-arbitre, qu’il est unique, apte à croître, à prendre ses propres décisions et à se transformer, à s’intégrer à des Touts plus grands que lui. A servir sa propre Humanité. Tout au long de son œuvre, Rudhyar revient sur la différence entre ces deux approches : la déterministe de l’astrologie traditionnelle, et celle fondée sur le libre-arbitre de l’astrologie humaniste. Le rôle de l’astrologue, en l’occurrence, étant surtout celui du révélateur, celui qui amènera le consultant à comprendre quel est son but en un temps et une société donnés : ceux dans lesquels évoluera le temps de sa propre vie.
Rudhyar a toujours été très conscient de la différence d’attitude entre astrologues. Elle dépend de leurs visions du monde et des choix du type d'astrologie qu’ils pratiquent en fonction de leurs visions personnelles. Il les a d’ailleurs intégrées comme étant elles-mêmes des parties de ce plus grand Tout auquel il se réfère, il sait qu’elles conditionnent l’approche individuelle de l’astrologie et la rendent relative. C’est aussi ce qui marque sa différence parmi ses confrères.
En 1972, paraît « Person Centered Astrology » (ndlt : qui n’a pas été traduit en français – il s’agit d’ailleurs moins d’un livre que d’une compilation de certains articles écrits pour les magazines d’astrologie américains). Il y creuse plus profondément son approche : le « Je » n’est pas extérieur au thème de naissance. L’individu n’est pas un objet sur lequel des forces extérieures influeraient, comme le pense l’astrologie traditionnelle. Au contraire, l’individu est composé de tout un jeu d’énergies objectives, situées dans un vaste champ terrestre d’activités. L’individu est lui-même la totalité de son thème natal, et cette totalité est fondamentalement harmonie, que cette harmonie soit statique ou dynamique, car le thème natal représente « tout l’univers focalisé à un point et à un moment précis de l’espace et du temps ». Dans la mesure où chaque personne représente un aspect particulier et harmonieux de l’univers tout entier, elle est née pour répondre à un besoin particulier de l’humanité à cette époque-là. Et c’est la tâche de cet individu que de répondre à ce besoin. Il est ce qu’il est parce que c’est ce qui est nécessaire à ce moment-là de l’Histoire de l’humanité. Son thème natal représente la solution à ce besoin, c’est la formule existentielle de son être total, sa signature, son NOM SACRÉ.
Rudhyar insiste régulièrement sur le fait que chaque thème natal est idéal pour la personne qu’il représente et pour le but qu’elle a accomplir, le besoin « humain » auquel elle va répondre par sa naissance. Aucun thème natal n’est bon ou mauvais, au contraire l’approche humaniste de l’astrologie serait plutôt une sorte de « Oui à la vie », une représentation de ce qui est à sa place, parce qu’en relation avec Tout le reste … Rudhyar écrit que le travail de l’astrologue, c’est surtout d’être présent aux individus qui viennent le consulter et de leur donner une représentation consciente, concrète et existentielle de ce qu’ils sont, de leur montrer comment ils pourront résoudre les tensions qui y sont inscrites, comment ils pourront harmoniser les conflits, quelles sont leurs qualités, leurs possibilités, comment ils pourront éviter les désintégrations, ce qu’ils peuvent faire en termes d’accomplissement personnel. En d’autres termes, il est là pour assister le consultant dans ce que Carl G. Jung appelle « l’intégration de la personnalité ».
Le rôle de l’astrologue
Rudhyar se questionnait beaucoup sur la responsabilité et le pouvoir de l’astrologue. Il nous rappelle que notre champ embrasse le mystérieux, l’incompréhensible et l’occulte et que notre connaissance nous confère une certaine autorité. En tant que détenteurs d’une connaissance qui reste incompréhensible aux autres, nous nous devons d’être plus que responsables. Rudhyar insiste sur les dangers de la prédiction et de l’autosatisfaction qu’elle engendre, il insiste aussi beaucoup sur la nécessité, pour l’astrologue, de rester conscient du niveau sur lequel ses consultants assimilent les connaissances qu’il partage avec eux, de faire attention aussi à ne pas jouer avec leurs peurs, de ne pas ajouter à leur confusion en ne répondant pas à toutes les questions qu’ils peuvent se poser, ou alors en leur répondant à un niveau où ils ne sont pas prêts à entendre.
Qu’est-ce que l’astrologie ?
Rudhyar reconnaît facilement que l’astrologie n’est pas le chemin le plus court vers l’intégration de la personnalité. Que c’est un processus graduel. Tout significateur astrologique peut contribuer à son intégration ou à sa désintégration. L’astrologie est là pour assister le consultant dans sa démarche d’intégration, pour qu’il se sente bien dans son corps et dans sa tête. Et toute sa responsabilité repose dans la manière dont il va lui présenter les éléments de son thème natal qui y contribueront, de les mettre en lumière de façon à ce que le consultant ait une image de lui-même plus objective, que sous la confusion propre à sa vie de tous les jours, il puisse entrevoir une sorte d’ordre, que ce qui peut lui paraître habituellement source de conflits, lui apparaisse plutôt comme un des composants de sa personnalité totale, qu’il se voie comme un tout fonctionnel et structuré. Envisagée comme outil d’intégration et de réalisation de la personnalité, l’astrologie humaniste de Rudhyar est une excellente technique de soins. C’est d’ailleurs la façon dont il se représentait la psychologie des profondeurs de Jung, Progoff et Assagioli, qui ont tant influencé son œuvre.
Rudhyar a toujours été très sensible à ce qu’exprimait la jeunesse américaine, et au cours des années 60, il était particulièrement conscient du fait qu’elle cherchait autre chose que les générations qui la précédaient, qu'elle cherchait un plus, parce que l’approche scientifique et rationnelle ne lui donnait plus de réponses. Les jeunes cherchaient le moyen de donner un sens constructif à leurs relations d’individus avec le reste de l’univers. Ca les intéressait moins de connaître le « comment » de leur existence, ils s’intéressaient plutôt au « pourquoi » sur un plan cosmique. Ils s’intéressaient vraiment à l’idée du Tout, ils cherchaient à savoir comment l’accomplir. Et le langage symbolique de l’astrologie répondait à ce besoin de la jeunesse : la puissance des archétypes qu’elle utilise, sa fonction de « réconciliation », son image de « salut », en faisaient le langage idéal, riche de sens symbolique. Et c’était exactement comme ça que Rudhyar percevait l’astrologie : un langage symbolique. Et même si maintenant ce type de langage peut paraître un peu désuet, dans les années 30 il était très avant-gardiste et il a trouvé sa résonance la plus parfaite dans les années 60 et 70.
Dans ses derniers livres, écrits au cours des années 70, Rudhyar a dépassé l’approche humaniste pour une vision transpersonnelle, puis galactique de la philosophie et de l'astrologie. L’étape transpersonnelle est celle de la personnalité intégrée (donc totalement humaniste) qui se dirige vers le plus grand Tout. Le but de l’astrologie transpersonnelle n’est pas le bonheur personnel, mais Rudhyar voyait plutôt l’individu s’engageant sur cette voie comme un agent transformateur, le véhicule d’une action dirigée vers un but collectif, planétaire, galactique …
Candy Hillenbrand conclut en disant que la voie transpersonnelle nécessite un engagement, des implications totalement différentes au niveau astrologique aussi, mais que comme elle vient à peine de s’engager sur cette voie, elle peut difficilement en parler aussi bien que ce qu'elle vient d'exposer à propos de Rudhyar et que ce sera donc le sujet d’un autre article à paraître dans son site ou dans sa revue « The Wholisitic Astrologer ».
On peut lire la version anglaise de cet article à cette adresse :
http://www.aplaceinspace.net/Pages/CandyRudhyar.html
www.aplaceinspace.net et de www.thewholisticastrologer.com
Dans A place in space, se trouve - forcément quand on publie un magazine tel que « The wholistic astrologer » !!!! - toute une section sur Rudhyar, qui renvoie au Rudhyar Tribute en particulier, mais aussi à tout ce qui a été publié sur le net sur Rudhyar. Candy Hillenbrand est l’auteur d’un de ces articles et elle m’a donné l’autorisation de le traduire pour Rudhyar-Ipsétié. Alors le voici.
L’HÉRITAGE DE DANE RUDHYAR (1895-1985)
Vers une astrologie qui ait du sens et une finalité
"Le but essentiel de l’astrologie n’est pas tant de décoder les évènements que nous allons rencontrer sur notre route, mais comment nous allons les rencontrer – et quelles sont les raisons de base de cette rencontre. Quelle qualité en nous, quel type d’énergie sera requis pour traverser une des phases de notre développement en tant que personne individuelle." (Dane Rudhyar in "Person Centered Astrology")
J’ai eu la chance immense d’avoir un premier professeur d’astrologie, au début des années 80, qui m’a orientée directement sur le travail de Rudhyar. Juste avant mon initiation au monde de l’astrologie, j'avais vécu l’expérience de la mort violente et soudaine d’un proche. Comme ça arrive souvent en tel cas, cette disparition m’a précipitée dans un processus de recherche. J’ai cherché des réponses dans les bonnes vieilles questions qui entourent les mystères de la vie, de la mort, de l’accidentel, de la fatalité. Je recherchais de la compréhension, mais par-dessus tout, quelque chose qui ait du sens et un but vers lequel je pourrais me tourner.
L’astrologie de Rudhyar répondait en grande partie à cet appel. C’était un outil qui aidait non seulement à mettre de l’ordre dans un chaos apparemment hasardeux, mais aussi une philosophie qui plaçait l’astrologie dans un contexte plus large que celui de techniques pures, des recettes de cuisine ou des mots-clef, de l’empirisme ou des découvertes anecdotiques. C’est une astrologie qui embrassait la psychologie jungienne, l’Histoire, la philosophie, la sagesse Orientale, la Théosophie, le Holisme et plus encore. Dès le début, j’ai été à la fois impressionnée et inspirée par l’approche immensément synthétique et spirituelle de l’astrologie par Rudhyar. En comparaison avec ceux de Rudhyar, les livres d’astrologie que je dévorais littéralement offraient relativement peu de soutien, de nourriture ou même d’inspiration. De plus, plus je le lisais, et plus je comprenais que son travail évoluait dans le temps, sa pensée ne restait pas en place, elle se développait, elle changeait, elle s’adaptait et s’étendait au cours des 50 années pendant lesquelles il avait écrit au moins un millier d’articles, des douzaines de brochures et de livres d’astrologie.
Il importe de noter que Rudhyar était bien plus qu’un simple astrologue. Il était aussi un compositeur acclamé et reconnu, un poète, un artiste et un philosophe visionnaire. Tout ce que je peux faire dans ce court article, c’est d'effleurer à peine la surface du corps immense de son œuvre, qu’il faut vraiment lire et expérimenter pour savoir ce dont il s’agit réellement. D’ailleurs, tandis que j’avançai dans la lecture de son œuvre, je me rendis compte aussi que très peu de jeunes astrologues connaissaient Rudhyar, que dans les écoles où on enseignait l’astrologie, on le mentionnait à peine, et qu’on ne lui rendait même pas grâce pour les innovations qu’il avait apporté à notre art, parce qu'on les tenait bêtement pour acquises, alors que ... : un grand nombre de livres qui avaient carrément puisé dans ses idées ne le mentionnaient même pas, ne serait-ce que dans leurs bibliographies ou dans leurs notes en bas de page. Parallèlement, dans les discussions que je pouvais avoir sur Internet dans les divers forums où je m’exprimais, on ignorait totalement sa contribution au champ de l’astrologie. Et un de ses étudiants que j’ai eu l’heur de rencontrer, m’a même confié qu’il craignait que son œuvre ne disparaisse avec lui. En fait, il était conditionné en cela parce que Rudhyar lui-même se plaignait de son vivant, du fait que son œuvre n’était pas comprise, et le pire, surtout par ceux qui l’étudiaient le plus assidûment.
Aujourd’hui, 13 ans après sa mort (ndlt : cet article de Candy Hillenbrand a donc été écrit en 1998) il y a ceux qui disent que ses livres sont trop difficiles à lire, trop obscurs, impénétrables (ndlt : en 2006 on continue à le dire tout autant ! rien n'a vraiment changé à ce niveau-là ...). Il est vrai que certains de ses livres n’ont pas d’index pour expliquer le sens des « mots » de sa philosophie et que ça en complique la lecture. Mais il y a aussi que ce sont des œuvres philosophiques que l’on doit lire avec attention, en prenant vraiment le temps de la réflexion, que ce ne sont pas des « manuels » d’astrologie tels qu’on pourrait les lire à toute vitesse, et puis il y a aussi que peut-être que la vie contemporaine ne nous donne plus le luxe d’une telle approche …
Certes, il faut du temps pour approcher Rudhyar, mais on peut aussi (sans trop le trahir) parler de sa pensée très simplement : l’univers est un système fait de Touts qui s’interpénètrent les uns les autres : nous, individus humains, notre planète, la galaxie, sont autant de Touts qui se trouvent à l’intérieur de Touts plus grands. Nous sommes tous venus au monde avec quelque chose à accomplir au sein de ces Touts, quelque chose qui répond au besoin fondamental de ces Touts. Et l’astrologie nous permet de comprendre comment nous pouvons nous accorder à ce qui nous revient d’accomplir individuellement, comment nous pouvons devenir des personnalités mieux intégrées, comment actualiser dans le temps notre potentiel inné, ce potentiel se trouvant au moment de notre naissance contenu dans une graine, de même qu’un gland contient déjà tout un chêne en lui. Au bout de tout ça il y a la connexion avec le plus grand Tout, la « consécration » de notre humanité étant de servir le Tout qu’elle représente : l’Humanité.
Rudhyar n’a pas seulement formulé un nouveau « paradigme » pour l’astrologie, il l’a aussi popularisée dans les années 30, en écrivant de nombreux articles dans « American Astrology ». On dit que c’est lui qui a écrit les premiers Horoscopes signe par signe dans les journaux - ça reste à prouver, en tout cas c’est lui qui a restauré la notion de cycle en astrologie, popularisé et développé l’utilisation des Symboles Sabian et du Cycle de la Lunaison, il est le « grand-père » de l’Astrologie Humaniste et on lui doit complètement la notion de « transpersonnel ». Pas étonnant qu’un tel pionnier ait le Soleil dans les premiers degrés du Signe du Bélier ...
Comment les choses ont commencé
Daniel Chenevières est né le 23 mars 1895 à Paris à 0h42 – heure légale (voir son thème dans la colonne de gauche, rubrique Cieux). Enfant, il était de santé très fragile, et il l’est resté tout au long de sa vie. A 12 ans, il a subi une opération chirurgicale difficile : l’ablation d’un rein et de la glande surrénale. Son mental se développe à partir de ce moment-là. Il obtient le Baccalauréat Philosophie à 16 ans à la Sorbonne. Il étudie Nietzsche tout particulièrement et fréquente les milieux artistiques parisiens. C’est à cette époque qu’il perd son père et qu’il vit sa première expérience mystique de réalisation, qui lui révèle la nature cyclique de toute existence, ainsi que le fait que la civilisation Occidentale vit la conclusion de la phase automnale de son propre cycle. Plus tard, il dira qu’il a "semé" à ce moment-là, en termes de compréhension, quelque chose de plus clair au niveau de la nature cyclique et de la signification de l’existence humaine. Leyla Rudhyar-Hill, qui fut la femme de Rudhyar pendant les 4 dernières années de sa vie, a écrit qu’il croyait que toute personne vivant la phase automnale d’un cycle doit faire face à ce choix : s’identifier soit à l’humus fait des feuilles qui tombent des arbres à cette saison, soit aux graines qui viennent s’y planter pour renaître au printemps suivant.
Daniel Chenevières choisit « en conscience » l’état d’homme-semence en 1916, à l’âge de 21 ans. Il quitte la France pour le « Nouveau Monde », l’Amérique. Ce faisant, il ne laisse pas seulement derrière lui sa famille, son pays, sa culture d’origine, mais aussi son nom : c’est à ce moment-là qu’il devient Dane Rudhyar. Il lui fallait aller jusqu’à changer de nom pour pouvoir agir véritablement en tant qu’homme-semence, dans le plein sens du terme. A son sens, se déconditionner du passé en est l’étape primordiale. Ce n’est qu’ainsi qu’un homme peut s’ouvrir à une réelle « mutation ». Son changement de nom reflète sa croyance en la nécessité d’une transformation fondamentale de notre civilisation, il reflète aussi son idéal. Le nom « Rudhyar » est dérivé du Sanskrit « Rudra » : action dynamique et pouvoir électrique qui se libère au cours des orages. Dans les écrits Védiques, le Dieu Rudra est représenté comme le Destructeur et le Régénérateur, « l’énergie qui transforme, qui casse les vieux moules, le pouvoir de la volonté et de la force vitale ». Rudhyar croyait qu’il avait un rôle à jouer dans la transformation globale dont il voyait clairement la nécessité à cause de la conscience qui lui était venue de la phase du cycle dans laquelle se trouvait toute la civilisation Occidentale. La graine incrustée dans son œuvre astrologique est un appel aux individus ayant une vision humaniste et holistique du monde, à servir de fondation à une société globale.
L’approche humaniste de l’Astrologie
En termes astrologiques, le développement de l’idéal de Rudhyar commença à émerger dans le livre séminal « L’Astrologie de la Personnalité » publié en 1936. Dans ce livre il se lançait dans une réinterprétation de l’astrologie traditionnelle, au sens où pour lui, l’astrologie est une philosophie vivante et pratique d’accomplissement et d’intégration psychologique. Il est un des premiers astrologues à envisager qu’il n’y a ni « bon » ni « mauvais » aspect ou position planétaire, et que ce sont les « crises » que nous traversons qui nous offrent les meilleures opportunités de croissance. Ces notions furent considérées comme très radicales en leur temps. La philosophie de ce livre était étayée de connaissances théosophiques, psychologiques et philosophiques variées. Sa philosophie holistique s’abreuvait à la source de la philosophie du Holisme et de l’Evolution de Jan Smuts ; sa cosmologie à celle de la « Doctrine Secrète » d’H.P. Blavatsky ; et son approche psychologique des profondeurs s’abreuve à l’œuvre de Carl G. Jung qui venait tout juste d’être traduite en anglais à l'époque. Les cours d’astrologie ronéotypés de Marc Edmund Jones éveillaient en lui de nouvelles possibilités pour l’astrologie, alors que la physique émergeante d’Einstein faisait jaillir en lui l’idée qu’il était possible d’intégrer astrologie et psychologie des profondeurs, comme ça se faisait pour la philosophie et la physique atomique, grâce aux prémisces de l’approche holistique qui se généralisait dans tous les domaines. Quand on pense que ce livre a été écrit au début des années 30, on ne peut qu’admirer le travail d’intégration des nombreuses disciplines qu’il représente, ainsi que la tentative de reformulation de l’astrologie à laquelle Rudhyar se livre. C’est tellement remarquable qu’il suffit de le lire pour s’en rendre compte … Et il n’était qu’aux touts débuts de l’élaboration de son œuvre à ce moment-là. Il appelait son approche de l’astrologie « Astrologie Harmonique », et il utilisa ce terme assez longtemps avant de le transformer en Humaniste. Et tandis qu’Harmonique devenait Humaniste, « Astrologie de la Personnalité » devint « Person Centered Astrology » c’est-à-dire « Astrologie centrée sur la personne », ceci pour correspondre aux évolutions de la pensée en matière de psychologie, car entre temps, elle était devenue Psychologie Humaniste. Le terme « centré sur la personne » fut emprunté au psychologue Carl Rogers, lorsqu’il écrivit « Client-Centered Therapy » (thérapie centrée sur le patient). Ce livre apportait une évolution essentielle à la psychologie comportementale et freudienne, parce qu'il mettait le patient au centre de la relation thérapeute/patient. Cette évolution impliquait que c’est le patient qui a les réponses à ses propres problèmes, et non le thérapeute. Appliqué à l’astrologie, ce concept exprime que l’astrologue n’a pas - comme le fait l’astrologie traditionnelle depuis des temps immémoriaux - à prendre le pouvoir sur le consultant en lui faisant de la prédiction, en lui disant qu’il va lui arriver quelque chose parce qu’il est « manipulé » par des forces qui sont en dehors de son contrôle. Rudhyar dit à l’individu lorsqu’il le place au centre de la consultation, qu’il est créatif, qu’il a son propre libre-arbitre, qu’il est unique, apte à croître, à prendre ses propres décisions et à se transformer, à s’intégrer à des Touts plus grands que lui. A servir sa propre Humanité. Tout au long de son œuvre, Rudhyar revient sur la différence entre ces deux approches : la déterministe de l’astrologie traditionnelle, et celle fondée sur le libre-arbitre de l’astrologie humaniste. Le rôle de l’astrologue, en l’occurrence, étant surtout celui du révélateur, celui qui amènera le consultant à comprendre quel est son but en un temps et une société donnés : ceux dans lesquels évoluera le temps de sa propre vie.
Rudhyar a toujours été très conscient de la différence d’attitude entre astrologues. Elle dépend de leurs visions du monde et des choix du type d'astrologie qu’ils pratiquent en fonction de leurs visions personnelles. Il les a d’ailleurs intégrées comme étant elles-mêmes des parties de ce plus grand Tout auquel il se réfère, il sait qu’elles conditionnent l’approche individuelle de l’astrologie et la rendent relative. C’est aussi ce qui marque sa différence parmi ses confrères.
En 1972, paraît « Person Centered Astrology » (ndlt : qui n’a pas été traduit en français – il s’agit d’ailleurs moins d’un livre que d’une compilation de certains articles écrits pour les magazines d’astrologie américains). Il y creuse plus profondément son approche : le « Je » n’est pas extérieur au thème de naissance. L’individu n’est pas un objet sur lequel des forces extérieures influeraient, comme le pense l’astrologie traditionnelle. Au contraire, l’individu est composé de tout un jeu d’énergies objectives, situées dans un vaste champ terrestre d’activités. L’individu est lui-même la totalité de son thème natal, et cette totalité est fondamentalement harmonie, que cette harmonie soit statique ou dynamique, car le thème natal représente « tout l’univers focalisé à un point et à un moment précis de l’espace et du temps ». Dans la mesure où chaque personne représente un aspect particulier et harmonieux de l’univers tout entier, elle est née pour répondre à un besoin particulier de l’humanité à cette époque-là. Et c’est la tâche de cet individu que de répondre à ce besoin. Il est ce qu’il est parce que c’est ce qui est nécessaire à ce moment-là de l’Histoire de l’humanité. Son thème natal représente la solution à ce besoin, c’est la formule existentielle de son être total, sa signature, son NOM SACRÉ.
Rudhyar insiste régulièrement sur le fait que chaque thème natal est idéal pour la personne qu’il représente et pour le but qu’elle a accomplir, le besoin « humain » auquel elle va répondre par sa naissance. Aucun thème natal n’est bon ou mauvais, au contraire l’approche humaniste de l’astrologie serait plutôt une sorte de « Oui à la vie », une représentation de ce qui est à sa place, parce qu’en relation avec Tout le reste … Rudhyar écrit que le travail de l’astrologue, c’est surtout d’être présent aux individus qui viennent le consulter et de leur donner une représentation consciente, concrète et existentielle de ce qu’ils sont, de leur montrer comment ils pourront résoudre les tensions qui y sont inscrites, comment ils pourront harmoniser les conflits, quelles sont leurs qualités, leurs possibilités, comment ils pourront éviter les désintégrations, ce qu’ils peuvent faire en termes d’accomplissement personnel. En d’autres termes, il est là pour assister le consultant dans ce que Carl G. Jung appelle « l’intégration de la personnalité ».
Le rôle de l’astrologue
Rudhyar se questionnait beaucoup sur la responsabilité et le pouvoir de l’astrologue. Il nous rappelle que notre champ embrasse le mystérieux, l’incompréhensible et l’occulte et que notre connaissance nous confère une certaine autorité. En tant que détenteurs d’une connaissance qui reste incompréhensible aux autres, nous nous devons d’être plus que responsables. Rudhyar insiste sur les dangers de la prédiction et de l’autosatisfaction qu’elle engendre, il insiste aussi beaucoup sur la nécessité, pour l’astrologue, de rester conscient du niveau sur lequel ses consultants assimilent les connaissances qu’il partage avec eux, de faire attention aussi à ne pas jouer avec leurs peurs, de ne pas ajouter à leur confusion en ne répondant pas à toutes les questions qu’ils peuvent se poser, ou alors en leur répondant à un niveau où ils ne sont pas prêts à entendre.
Qu’est-ce que l’astrologie ?
Rudhyar reconnaît facilement que l’astrologie n’est pas le chemin le plus court vers l’intégration de la personnalité. Que c’est un processus graduel. Tout significateur astrologique peut contribuer à son intégration ou à sa désintégration. L’astrologie est là pour assister le consultant dans sa démarche d’intégration, pour qu’il se sente bien dans son corps et dans sa tête. Et toute sa responsabilité repose dans la manière dont il va lui présenter les éléments de son thème natal qui y contribueront, de les mettre en lumière de façon à ce que le consultant ait une image de lui-même plus objective, que sous la confusion propre à sa vie de tous les jours, il puisse entrevoir une sorte d’ordre, que ce qui peut lui paraître habituellement source de conflits, lui apparaisse plutôt comme un des composants de sa personnalité totale, qu’il se voie comme un tout fonctionnel et structuré. Envisagée comme outil d’intégration et de réalisation de la personnalité, l’astrologie humaniste de Rudhyar est une excellente technique de soins. C’est d’ailleurs la façon dont il se représentait la psychologie des profondeurs de Jung, Progoff et Assagioli, qui ont tant influencé son œuvre.
Rudhyar a toujours été très sensible à ce qu’exprimait la jeunesse américaine, et au cours des années 60, il était particulièrement conscient du fait qu’elle cherchait autre chose que les générations qui la précédaient, qu'elle cherchait un plus, parce que l’approche scientifique et rationnelle ne lui donnait plus de réponses. Les jeunes cherchaient le moyen de donner un sens constructif à leurs relations d’individus avec le reste de l’univers. Ca les intéressait moins de connaître le « comment » de leur existence, ils s’intéressaient plutôt au « pourquoi » sur un plan cosmique. Ils s’intéressaient vraiment à l’idée du Tout, ils cherchaient à savoir comment l’accomplir. Et le langage symbolique de l’astrologie répondait à ce besoin de la jeunesse : la puissance des archétypes qu’elle utilise, sa fonction de « réconciliation », son image de « salut », en faisaient le langage idéal, riche de sens symbolique. Et c’était exactement comme ça que Rudhyar percevait l’astrologie : un langage symbolique. Et même si maintenant ce type de langage peut paraître un peu désuet, dans les années 30 il était très avant-gardiste et il a trouvé sa résonance la plus parfaite dans les années 60 et 70.
Dans ses derniers livres, écrits au cours des années 70, Rudhyar a dépassé l’approche humaniste pour une vision transpersonnelle, puis galactique de la philosophie et de l'astrologie. L’étape transpersonnelle est celle de la personnalité intégrée (donc totalement humaniste) qui se dirige vers le plus grand Tout. Le but de l’astrologie transpersonnelle n’est pas le bonheur personnel, mais Rudhyar voyait plutôt l’individu s’engageant sur cette voie comme un agent transformateur, le véhicule d’une action dirigée vers un but collectif, planétaire, galactique …
Candy Hillenbrand conclut en disant que la voie transpersonnelle nécessite un engagement, des implications totalement différentes au niveau astrologique aussi, mais que comme elle vient à peine de s’engager sur cette voie, elle peut difficilement en parler aussi bien que ce qu'elle vient d'exposer à propos de Rudhyar et que ce sera donc le sujet d’un autre article à paraître dans son site ou dans sa revue « The Wholisitic Astrologer ».
On peut lire la version anglaise de cet article à cette adresse :
http://www.aplaceinspace.net/Pages/CandyRudhyar.html
Par Adele
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